
Commémorée chaque 7 mai de l’année la Journée mondiale des orphelins du VIH/Sida est une date qui ne se limite pas à un rappel symbolique, mais qui remet au centre une réalité souvent invisible : celle des enfants qui grandissent après avoir perdu un ou leurs deux parents à cause du VIH/Sida.
Derrière les chiffres, il y a des parcours de vie marqués très tôt par la rupture familiale. Pour beaucoup de ces enfants, la difficulté ne s’arrête pas au deuil. Elle continue dans leur quotidien, à travers des formes de stigmatisation, de rejet discret, ou encore de difficultés d’accès à l’éducation et aux soins.
Dans certains contextes communautaires, le simple fait d’être associé au VIH/Sida peut encore entraîner des attitudes d’exclusion. Les enfants concernés se retrouvent parfois isolés, placés dans des familles élargies déjà fragilisées, ou confrontés à une prise en charge insuffisante de leurs besoins psychosociaux.
Le docteur Joanna Masudi, médecin en santé communautaire au Sud-Kivu, décrit une réalité souvent sous-estimée :
« Ces enfants ne portent pas seulement le poids de la perte de leurs parents, ils portent aussi celui du regard des autres. La stigmatisation les empêche parfois de vivre leur enfance normalement, d’aller à l’école ou de s’exprimer librement. »
Elle insiste sur la nécessité d’un accompagnement plus global :
« Il faut aller au-delà de l’assistance matérielle. Ces enfants ont besoin de protection, de stabilité émotionnelle et d’un environnement où ils ne sont pas définis par l’histoire de leurs parents. »
Le cadre international rappelle pourtant clairement ces obligations. La Convention relative aux droits de l’enfant fixe des principes essentiels qui concernent directement leur situation. L’article 2 interdit toute forme de discrimination. L’article 24 garantit le droit à la santé. L’article 28 consacre le droit à l’éducation. Et l’article 39 insiste sur la réadaptation et la réinsertion des enfants ayant vécu des situations difficiles.
Mais sur le terrain, la réalité montre encore un décalage entre les engagements et leur application. Les acteurs de protection de l’enfance appellent ainsi à renforcer les dispositifs communautaires, à soutenir les familles d’accueil et surtout à combattre les préjugés qui entourent le VIH/Sida.
Au-delà de la commémoration du 7 mai, cette journée rappelle une exigence simple mais essentielle : un enfant orphelin du VIH/Sida reste avant tout un enfant. Il doit être protégé, accompagné et inclus, sans condition ni stigmatisation.
Yseult Lwango,volontaire pour les enfants et les jeunes .
