0 4 minutes 6 mois

Dans plusieurs régions de la RDC, les métiers techniques sont encore largement considérés comme réservés aux hommes. Mais à Bukavu, un vent de changement souffle. Des jeunes filles choisissent désormais d’apprendre la soudure, l’électricité ou encore la menuiserie. Armées de courage et de détermination, elles brisent les stéréotypes sociaux et culturels, et ouvrent la voie à une nouvelle génération de femmes artisans.

Briser les stéréotypes, un défi quotidien

Traditionnellement, la société a imposé aux filles des rôles dits “féminins” : douceur, discrétion, et éloignement du monde des outils. Dorcas Shabani, 20 ans, soudeuse à l’atelier CMA, raconte :

« Quand j’ai choisi la soudure, même mon oncle disait que je perdais ma féminité. On me sous-estimait. »

Pour elle, la soudure est bien plus qu’un métier : c’est une passion et un chemin vers l’indépendance financière.

Anoirite Mulindwa, 23 ans, a aussi dû affronter l’incrédulité de son entourage :

« Quand j’ai dit à ma famille que je voulais apprendre la soudure, ils ont cru que je plaisantais. Mais plus je soudais, plus je me sentais forte. »

Aujourd’hui, elle manie le chalumeau avec assurance et espère inspirer d’autres filles : « Une fille peut créer de grandes choses avec ses mains. »

Des parcours inspirants

Mme Cibalonza Marie Claire, menuisière et mère de famille, est un modèle de persévérance.

« Au début, on se moquait de moi. Une femme avec une scie et un marteau, ça faisait rire. » Mais elle n’a jamais abandonné. Grâce à ce métier, elle a pu subvenir aux besoins de sa famille, envoyer ses enfants à l’école, et aujourd’hui elle dirige son propre atelier. « Je veux montrer qu’on peut être femme, mère et artisane à la fois. »

Raïssah Ruhimbasa, 20 ans, est électricienne à l’ESNEL/Guiche Agence Industrielle.

« Au début, les garçons me voyaient comme une intruse. Aujourd’hui, j’aime ce que je fais. C’est un métier d’intelligence et de précision. Pourquoi ne pas devenir ingénieure un jour ? »

L’appui des structures et des ONG

Heureusement, plusieurs structures les accompagnent dans ce parcours. Des ONG comme GEL ou SWISS CONTACT offrent des bourses, des outils de travail et des formations en leadership pour renforcer la participation des filles dans les métiers techniques. Ces soutiens permettent aux jeunes femmes de progresser, de s’affirmer et de servir d’exemple.

Changer les mentalités, un geste à la fois

L’engagement de ces filles transforme leur vie, mais aussi leur entourage. Parents, frères, enseignants finissent par les soutenir. D’autres filles osent rêver plus grand en les voyant persévérer. Ces parcours montrent que briser les stéréotypes, ce n’est pas seulement manier un outil, c’est déconstruire des barrières invisibles.

À travers ces jeunes filles, c’est tout un avenir qui se forge, une soudure à la fois.

Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes à watoto News

Auteur/autrice

Laisser un commentaire : Que pensez-vous de cet article ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.