
Chaque cinq ans, le monde célèbre la Journée mondiale des statistiques. Cette année, sous le thème « Driving change with quality statistics and data for everyone », le message est clair : des données fiables, accessibles et pertinentes sont essentielles pour mieux répondre aux défis sociaux, notamment ceux qui concernent les enfants et les jeunes.
Mais à Bukavu, que signifient ces statistiques pour un jeune sans fournitures scolaires ? Pour un parent vivant dans un quartier périphérique ? Ou pour un enfant qui n’est même pas enregistré ? Ces chiffres traduisent des réalités concrètes d’accès, d’équité et de reconnaissance.
Dans certaines écoles de Bukavu, aucun suivi personnalisé n’existe. Absentéisme, retards, mauvais résultats… ces enfants et jeunes restent invisibles dans les bases de données. Comme le confie un élève de 12 ans : « On ne m’a jamais demandé pourquoi j’étais absent, on ne m’a jamais compté ». Sans données fiables, comment les autorités, les écoles ou les partenaires peuvent-ils corriger ces inégalités ? Les statistiques sont indispensables pour identifier les zones oubliées. Comme le rappelle le Secrétaire général de l’ONU : « Aucun enfant ne doit rester non enregistré ».
Pour les jeunes, les statistiques sont aussi un outil d’espoir. Elles leur permettent de choisir une formation, de cibler un marché, et de refuser de rester dans l’ombre. Pour les filles et jeunes femmes, des données spécifiques par genre révèlent les écarts, motivent l’action et ouvrent des opportunités. En valorisant ces « jeunes data-citoyens », Bukavu peut former une génération convaincue que mesurer, c’est changer.
Comment faire pour que Bukavu compte vraiment ?
Recueillir des données locales : dans les écoles, les quartiers, et autour des activités des jeunes.
Rendre ces chiffres visibles et parlants, via des infographies, affiches scolaires, ou médias locaux.
Former les jeunes à analyser ces données, par des clubs de statistiques, ateliers universitaires ou groupes de pairs.
Impliquer directement les enfants et adolescents : « mon école, mes chiffres, mon avenir », leur donnant ainsi le droit de comprendre ce qui les concerne.
Utiliser ces statistiques comme levier pour plaider auprès des autorités, ONG et bailleurs, afin de réclamer les ressources manquantes.
La Journée mondiale des statistiques n’est pas qu’une succession de graphiques ou de rapports. Pour les enfants et les jeunes de Bukavu, c’est avant tout une question de reconnaissance : être comptés, vus, pris en compte. C’est aussi un puissant outil d’action : connaître combien d’enfants n’ont pas de bibliothèque, combien de jeunes sont sans emploi, ou combien de filles quittent l’école, permet d’agir concrètement. Aujourd’hui, faisons en sorte que « les chiffres deviennent des voix » et que chaque enfant compte vraiment.
Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu
