
À Bukavu,le franc congolais (FC) tend à disparaître des échanges au profit du dollar américain, devenu monnaie dominante. Cette instabilité du taux de change exerce une pression importante sur plusieurs secteurs économiques, affectant directement commerçants, jeunes entrepreneurs, changeurs de monnaie et établissements scolaires. Les familles, les enfants et les jeunes sont aussi fortement impactés, souvent en première ligne des conséquences.
Des commerçants déstabilisés
Les commerçants peinent à s’adapter à la fluctuation constante des coûts d’approvisionnement, qui peut varier quotidiennement.
Deborah Muganza, 24 ans, vendeuse au marché de Nyawera, témoigne :
« Avant, je pouvais acheter un sac de riz à 19,5 dollars, mais aujourd’hui, avec le taux dépassant 2000 FC, mes clients ne suivent plus. »
Cette instabilité oblige beaucoup d’entre eux à modifier leurs prix sans cesse, ce qui génère méfiance et réduit le pouvoir d’achat des ménages.
Les changeurs de monnaie face à l’incertitude
Les cambistes vivent sous une forte pression. Jonas Rubango, 27 ans, jeune changeur à la Place du 24, confie :
« Quand le dollar monte ou baisse sans avertissement, on perd facilement. Certains jours, il est impossible de fixer un taux stable. »
Ils sont parfois accusés, à juste titre ou non, de contribuer à la spéculation sur le marché des devises.
Les jeunes entrepreneurs confrontés à la volatilité
La volatilité monétaire complique la gestion des petites entreprises, notamment celles dépendant de l’achat de matières premières en dollars.
Maman Aline, entrepreneure à Kadutu, explique :
« J’avais lancé ma petite marque de savon, mais aujourd’hui, tout coûte cher et imprévisible. Je ne sais plus comment fixer mes prix. »
Certains préfèrent suspendre leurs activités en attendant des jours plus stables.
L’éducation en première ligne
Les frais scolaires, souvent établis en francs mais indexés au dollar, deviennent difficiles à gérer pour les familles.
Mwenyebantu Adriel, père de cinq enfants, partage :
« Les écoles augmentent les frais selon le taux du jour. Nous, parents, ne savons plus comment faire face. »
Les élèves ressentent aussi cette pression, entre hausse des coûts et difficultés à se concentrer dans ce contexte d’incertitude économique.
L’instabilité du taux de change à Bukavu dépasse les simples chiffres : elle perturbe la vie quotidienne, fragilise les ambitions des jeunes, génère du stress dans les familles et remet en cause l’accès à l’éducation. Une meilleure régulation monétaire, des solutions locales adaptées et la solidarité communautaire sont indispensables pour protéger les enfants et les jeunes des conséquences d’un système économique instable.
Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes à watoto News
