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Dans les rues de Bukavu, des visages juvéniles aux vêtements déchirés et aux regards vides deviennent une scène habituelle. Ils dorment sur les étals des marchés, mendient aux feux de signalisation ou errent autour des parkings. Ce sont les « enfants en situation de rue ». Mais derrière ce terme se cachent des histoires d’abandon, de douleur, de survie… et trop souvent, d’indifférence.

Une enfance volée

Ils seraient des centaines à Bukavu. Orphelins, chassés de chez eux ou victimes de violences, ces enfants n’ont ni toit, ni école, ni soins. Pour eux, la rue est à la fois refuge et piège.

Mugisho Zagabe, 13 ans,dort à la place de l’Indépendance :

« Je ne connais plus ma mère. Mon père m’a accusé d’être sorcier. Depuis, je vis dehors. Je mange quand je peux. »

Kevin Igunzi, 13 ans, se shoote à la colle :

« On prend du col à sniff pour ne pas sentir le froid et la faim. »

Charles Musafiri, 11 ans, garde l’espoir :

« Si quelqu’un me donnait une chance, j’aimerais retourner à l’école. »

Prince, 14 ans, ancien enfant de la rue, encadré aujourd’hui par une ONG :

« J’ai eu la chance d’être pris par un centre. On m’a aidé à retourner à l’école. Tous les enfants de la rue méritent ça. »

Une aide encore fragile

Face à cette urgence, quelques organisations locales comme Ekabana tentent de répondre. Elles proposent un encadrement psychosocial, des formations et parfois un retour en famille. Mais leurs ressources sont limitées. De leur côté, les autorités procèdent parfois à des rafles, visant à « nettoyer la ville », sans offrir de solutions durables.

Briser le silence collectif

Un enfant dans la rue n’est pas un danger, mais une victime. La société ne peut rester spectatrice. Familles, églises, écoles, autorités, citoyens : chacun a un rôle à jouer. Tendre la main, sensibiliser, dénoncer, offrir une alternative. Car la rue ne doit jamais être une maison.

Chaque enfant a droit à un foyer, un repas, une éducation et surtout à la dignité. Si la communauté reste silencieuse, elle devient complice de l’abandon. Il est temps de changer les regards… et surtout, d’agir.

Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

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