
Alors que la Constitution congolaise garantit de nombreux droits, beaucoup de jeunes de Bukavu ignorent encore leur existence. Entre ceux qui les connaissent sans pouvoir les exercer et ceux qui n’en ont jamais entendu parler, les avis sont partagés.
Ange Feza, 22 ans, étudiante en droit à l’Université Officielle de Bukavu, insiste sur l’importance de la connaissance citoyenne :
« Beaucoup de jeunes ne savent pas que la Constitution leur garantit la liberté d’expression, le droit à l’éducation, etc. Moi, je pense que si on connaissait mieux nos droits, on aurait plus de courage pour réclamer ce qui nous revient.»
Entre ignorance et désintérêt
Mais tous ne partagent pas cette assurance. C’est le cas de Murhula, 20 ans, motard, qui reconnaît son manque d’information :
« Pour moi, les droits, c’est pour les députés et les grands. Nous, les jeunes, on vit seulement au jour le jour. Je n’ai jamais lu la Constitution, je n’en ai même pas vu une copie. »
Ce témoignage reflète une réalité partagée par de nombreux jeunes de Bukavu, qui assimilent la Constitution à un document lointain, réservé aux élites politiques.
Quand le savoir ne suffit pas
D’autres, à l’inverse, affirment connaître certains droits mais estiment qu’ils ne sont pas appliqués dans la pratique. Fabrice, 24 ans, vendeur de pièces de rechange au marché de Nyawera, confie son désenchantement :
« Moi je sais qu’on a droit à la santé, à l’éducation… mais en pratique, qui en profite ? Ici, il faut avoir des relations ou payer. Les droits, c’est comme des promesses qui ne se réalisent jamais. »
Ces témoignages montrent qu’à Bukavu, la jeunesse oscille entre méconnaissance, désillusion et militantisme. Le constat est clair : le fossé entre la Constitution et la vie quotidienne reste immense. Dans une ville où plus de la moitié de la population est jeune, l’éducation civique et citoyenne apparaît comme une urgence.
Gabriel Cubaka, volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud-Kivu
