
Pour certains enfants, les vacances sont un moment de liberté et de joie. Mais pour ceux qui ont échoué à l’école, elles peuvent devenir un fardeau, rythmées par la honte, les reproches ou le rejet. Moqueries du voisinage, regards accusateurs des proches, perte de confiance : autant de blessures invisibles que ces enfants portent durant cette période censée être reposante. Pourtant, les vacances peuvent aussi devenir une opportunité précieuse de reconstruction, à condition d’un encadrement bienveillant et d’activités valorisantes.
Des témoignages d’enfants et de parents qui ont osé changer de regard
Didier Kenge, 13 ans, Nyawera: « Je ne voulais plus sortir. J’avais honte d’avoir échoué. Mais mon oncle m’a inscrit à un atelier de dessin. J’ai découvert que je savais faire quelque chose de bien. »
Daphnée, mère d’un élève redoublant: « Je n’ai pas voulu le gronder. Je lui ai acheté un cahier d’exercices pour réviser chaque jour, mais on faisait aussi du sport ensemble. Ça l’a aidé à reprendre confiance. »
Rachel Elonga, 15 ans, Kadutu: « Après l’échec, j’ai rejoint un camp de jeunes. On ne parlait pas que d’école. Ça m’a permis de respirer, d’échanger et de croire encore en moi. »
Paroles de spécialistes
Dr Mireille Katungu, psychologue pour enfants
« La honte bloque l’enfant et le fige dans l’échec. Pendant les vacances, il faut créer un climat de sécurité, l’écouter, et éviter de revenir sans cesse sur ses erreurs. »
M. Roger Safari, formateur en pédagogie alternative: « Le théâtre, le sport, la musique ou le dessin sont des leviers puissants. Ces activités montrent à l’enfant qu’il a de la valeur, même en dehors du scolaire. »
Sœur Justine, éducatrice à Bukavu: « Il ne faut jamais présenter le redoublement comme une punition. C’est une nouvelle chance. Les mots comptent : ils peuvent élever ou détruire. »
Mme Consolate, coach scolaire: « Réviser doucement, mais surtout redonner goût à la curiosité. Les vacances doivent restaurer la dignité de l’enfant, pas l’écraser davantage. »
Abbé François, animateur d’un centre d’accueil: « Chez nous, on ne parle pas d’échec, mais de pause. Ce simple changement de langage peut raviver la flamme chez l’enfant. »
Stratégies pratiques pour les parents
Valoriser les efforts, pas seulement les résultats, établir un emploi du temps équilibré incluant des moments de révision légère, de jeux, d’aide à la maison et de détente,inscrire l’enfant à des activités extra scolaires dans lesquelles il peut s’épanouir autrement,éviter toute comparaison avec d’autres enfants,donner la parole à l’enfant, l’écouter avec bienveillance et sans jugement.
Un enfant en échec scolaire n’est pas un enfant sans avenir. Les vacances peuvent devenir une opportunité précieuse pour guérir de la honte, retrouver confiance et raviver la motivation. Mais tout dépend du regard que l’on pose sur lui : celui des parents, de l’entourage, et de la société. Transformer l’échec en moteur, c’est d’abord croire en la capacité de rebond de chaque enfant.
Un enfant en difficulté scolaire n’a pas besoin de reproches, mais de soutien, d’affection et de perspectives. Les vacances doivent devenir une rampe de relance, pas un tribunal. En transformant la honte en motivation, chaque échec peut devenir le début d’une réussite.
Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes au sud kivu
