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Lorsqu’un enfant échoue à l’école, sa première attente est souvent un regard, une parole ou un geste d’encouragement de la part de ses parents.
Pourtant, dans de nombreux foyers, l’échec est accueilli par le silence ou l’indifférence.
Ni reproches, ni soutien, ce mutisme apparent est lourd de sens et peut marquer profondément l’enfant. Ce comportement parental, souvent non intentionnel, peut avoir des répercussions psychologiques durables. Quel est réellement l’impact de ce silence ? Pourquoi l’absence de mots peut-elle blesser davantage qu’un reproche direct ?

Nathalie Birindwa, 12 ans, Cahi: « Quand j’ai échoué, personne ne m’a parlé. Ni maman, ni papa. C’était comme si je n’existais pas. Je me suis enfermée dans ma chambre, je pleurais chaque soir.»

Kevin Namegabe, 14 ans, Kadutu: « Mon père n’a rien dit. Mais il ne me regarde plus comme avant. Il me parle peu. Je sens qu’il est déçu, mais je préférerais même qu’il crie, plutôt que ce silence. »

Maman Joséphine, mère de 4 enfants: « J’étais tellement déçue que je ne savais pas quoi dire. J’ai préféré me taire. Mais après, j’ai vu que mon fils évitait la maison. Il ne mangeait plus avec nous. »

Avis des spécialistes

Dr Laetitia Ngoma, psychologue pour enfants: « Le silence parental après un échec est perçu par l’enfant comme une forme de rejet. Il interprète cela comme : “Je ne vaux plus rien pour mes parents.” Ce sentiment est destructeur. »

Prof. Jean-Luc Shabani, chercheur en psychologie sociale: « Contrairement à ce que pensent certains parents, le silence n’est pas neutre. Il est souvent interprété comme un désintérêt. Il bloque la communication, renforce la culpabilité et alimente l’anxiété. »

Sœur Lucie, conseillère pédagogique : « Lorsqu’un enfant traverse un échec, il a besoin d’être entouré. Le silence, même involontaire, crée un vide affectif. Il faut parler, rassurer, écouter. »

M. Aimé Bagalwa, sociologue de l’enfance: « Le silence est une forme de violence invisible. Il peut produire des enfants introvertis, en manque d’estime de soi, ou même agressifs. Une simple parole peut éviter bien des blessures. »

Mme Rosette Nyangoma, thérapeute familiale: « Il est crucial de briser le silence familial. Un dialogue sincère, même face à l’échec, renforce les liens. Les enfants ne demandent pas d’être félicités, mais d’être soutenus. »

Le silence parental n’est pas une solution. Il est souvent vécu comme un abandon ou un rejet par l’enfant. Ses conséquences peuvent être graves : perte de confiance, dépression, isolement affectif. Les experts appellent les parents à adopter une communication ouverte, bienveillante et constante, même dans les moments de déception.

Un enfant qui échoue a besoin d’amour, pas d’indifférence. Le silence parental, bien qu’il puisse sembler inoffensif, est parfois plus blessant que la colère. Parler, écouter et accompagner l’enfant, surtout dans les moments difficiles, c’est construire une relation solide et nourrir son estime de soi. Car l’échec ne définit pas l’enfant, mais la manière dont il est accompagné, oui.

Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

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