0 5 minutes 10 mois

À Bukavu, la saison sèche aggrave une crise déjà bien installée : la pénurie d’eau potable. Ce problème structurel pèse lourdement sur les familles, et plus particulièrement sur les enfants, devenus les premières victimes d’un accès difficile à cette ressource vitale.

Chaque matin, des enfants – parfois très jeunes partent à la recherche de quelques litres d’eau, parcourant de longues distances, bidon sur la tête ou sur le dos. Une responsabilité trop lourde pour leur âge, qui empiète sur leur droit au repos, à l’éducation et à la sécurité.

Junior, 12 ans, habitant de Kadutu, témoigne :
« Depuis le début de la saison sèche, c’est moi qui pars chercher de l’eau très tôt. La source est loin, il faut descendre une colline glissante. Je pars à 5h et je reviens souvent après 7h. Je suis en retard à l’école, parfois je pars sans me laver. Une fois, j’ai glissé et je me suis blessé au pied. On n’avait pas les moyens pour m’amener à l’hôpital, alors je suis resté à la maison plusieurs jours. »

Comme lui, des centaines d’enfants subissent les conséquences directes de cette crise. Physiquement, ils s’exposent à des accidents, des chutes ou des noyades dans des points d’eau non sécurisés. Les filles, souvent envoyées seules, sont particulièrement vulnérables aux agressions et au harcèlement. Psychologiquement, la pression familiale, la peur et la fatigue créent un environnement anxiogène pour ces jeunes en quête de survie.

L’impact sur l’éducation est tout aussi préoccupant : retards à l’école, baisse de concentration, somnolence en classe, voire abandon scolaire. Les filles, en particulier, sont les plus affectées, renforçant les inégalités de genre déjà présentes.

Dans plusieurs quartiers de Bukavu, l’eau que les enfants parviennent à ramener à la maison est souvent insalubre. Puisée dans des rivières, mares ou sources stagnantes, elle est fréquemment contaminée, exposant les enfants à des maladies graves telles que la diarrhée, le choléra, les vers intestinaux ou encore la typhoïde. Ces affections, faute de soins rapides, peuvent s’avérer mortelles. Le drame est que, dans leur innocence, les enfants ignorent les risques sanitaires ; leur seul objectif est de ramener de l’eau à la maison, coûte que coûte.

Appel à l’action

Installer des forages et puits sécurisés dans les zones les plus vulnérables ; Sensibiliser les communautés à la protection des enfants et à leur priorité d’accès aux points d’eau ;Renforcer les politiques locales en matière d’accès équitable et durable à l’eau potable.

Un enfant de 13 ans, habitant la commune de Kadutu, témoigne :« J’habite à l’ONL/Genda. Chaque matin, je me lève à 5h30 pour aller chercher de l’eau à Funu. Quand j’y arrive, il y a déjà trop de monde. Comme on est petits, on ne peut pas se battre, donc on ne puise rien. On est obligés de descendre encore jusqu’à “Pas à Pas” (Kido). Mais là aussi, les grands nous bousculent, ne respectent pas la file, et veulent passer avant nous. Je suis épuisé. Le trajet est long, et le soleil tape fort. J’aimerais qu’on installe des robinets dans notre quartier, tout près de chez nous. »

Un enfant ne devrait jamais risquer sa vie pour un droit aussi fondamental que l’eau. Il est temps de faire de la protection de l’enfance une priorité dans les politiques d’accès à l’eau.

Clarisse Zihalirwa volontaire pour les enfants et les jeunes au sud kivu

Auteur/autrice

Laisser un commentaire : Que pensez-vous de cet article ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.