
Souvent perçu comme marginal ou rebelle, l’art de rue est aujourd’hui un espace de parole puissant, surtout pour les jeunes. Graffitis, fresques murales, slam, danse urbaine, théâtre de rue… ces formes d’expression permettent aux jeunes de s’approprier l’espace public pour dénoncer, sensibiliser ou revendiquer. Dans un contexte où les canaux traditionnels de participation sont souvent inaccessibles, l’art de rue devient un outil civique, un miroir de la société et un cri collectif.
Patrick Mutingamo, 24 ans, graffeur à Kinshasa :
« Pour moi, chaque mur est une page blanche. J’y peins des visages de femmes pour dénoncer les violences sexuelles, ou des slogans pour rappeler aux jeunes de voter. L’art me permet de parler sans crier. »
Nadine Lwaboshi, 22 ans, slameuse à Bukavu :
« Je monte souvent sur scène dans les rues du marché. Je parle des enfants de la rue, des injustices sociales, des jeunes sans emploi. Les passants s’arrêtent, écoutent, certains pleurent. C’est ça ma force. »
Davy Kakule, 26 ans, danseur urbain à Goma :
« Nos chorégraphies racontent la souffrance des déplacés, les tensions politiques, la vie dans nos quartiers. C’est de la danse, mais c’est aussi un message. On nous écoute plus quand on danse que quand on parle. »
L’art de rue, aussi appelé art urbain, désigne l’ensemble des formes artistiques qui s’expriment dans l’espace public, généralement en dehors des cadres institutionnels. Il inclut des pratiques comme les graffitis, les fresques murales, le slam, le théâtre de rue, la danse urbaine ou encore les performances spontanées. C’est un art libre, souvent engagé, qui permet aux artistes, notamment les jeunes, de faire passer des messages sociaux, politiques ou culturels, directement au cœur de la population.
Avis des spécialistes
Dr Chantal Mukeba, anthropologue :
« L’art de rue joue un rôle crucial dans la participation citoyenne des jeunes. Il permet de briser le silence et de créer un dialogue entre les jeunes et leur environnement sociopolitique. »
Prof. Dieudonné Bashige, sociologue :
« C’est une forme d’engagement civique non conventionnel, mais très influente. Les messages passés à travers l’art sont souvent plus percutants et mémorisés que les discours politiques classiques. »
Noé Balume, expert en éducation artistique :
« Il faut encourager les municipalités à intégrer l’art de rue dans leur politique culturelle. Quand les jeunes s’expriment librement, ils se sentent écoutés, valorisés, et cela renforce la cohésion sociale. »
Déborah Ilunga, curatrice d’art urbain :
« Le street art est un langage universel. Même sans mots, il touche. Il permet aux jeunes des milieux populaires d’exister, de se faire entendre et de revendiquer leur droit à la ville. »
Moïse Kavusa, éducateur civique :
« Ce que beaucoup de décideurs ne comprennent pas, c’est que l’art de rue est une forme d’éducation citoyenne. Il sensibilise, il forme, et il responsabilise les jeunes acteurs. »
Les spécialistes s’accordent à reconnaître l’art de rue comme une véritable forme d’expression civique. Il éveille les consciences, éduque la société et offre aux jeunes un espace libre et symbolique pour s’affirmer et agir.
L’art de rue, bien plus qu’une forme de divertissement, est un levier de transformation sociale. Il redonne aux jeunes une voix dans l’espace public, les implique dans les débats citoyens et les aide à construire une société plus juste. Soutenir ces formes d’expression, c’est ouvrir la voie à une jeunesse engagée, créative et responsable.
Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu
