
À Bukavu et dans ses environs, de nombreux enfants, parfois âgés de seulement 15 ans, se retrouvent contraints de travailler dans la pêche sur le lac Kivu. Cette activité, exigeante et dangereuse, compromet non seulement leur santé et leur sécurité, mais aussi leur avenir, les privant d’une enfance épanouie et d’un accès à l’éducation. Chaque jour, ils affrontent les dures réalités de ce métier risqué.
Le mercredi 4 juillet, Watoto News s’est rendu à Kalengera, une station de pêche située dans la commune de Bagira, pour recueillir les témoignages poignants de ces jeunes pêcheurs.
Daniel Murhula, 15 ans, originaire de l’île d’Idjwi, raconte son parcours :
« Nous avons quitté le port de Bugarula à Idjwi hier matin. J’étais avec mon oncle, propriétaire d’une pirogue. Nous sommes venus à Bukavu vendre les sambaza que nous avons pêchés dans la nuit de samedi. »
Il confie ensuite : « Les conditions de pêche sont vraiment pénibles, mais nous n’avons pas le choix. »
Daniel évoque les dangers auxquels il est exposé :
« Il fait très froid la nuit, et lorsqu’il y a des tempêtes, le risque de noyade est élevé. »
Il parle aussi des privations qu’il subit au quotidien :
« Quand la pêche est mauvaise, on mange difficilement. J’ai arrêté l’école en 4e primaire, car mes parents n’ont plus les moyens de payer les frais. »

François, un autre garçon vivant à Mulambula (commune de Bagira), partage un vécu similaire.
« Les nuits sont les plus dures. Il fait très froid, et parfois les vagues sont si fortes qu’elles peuvent faire chavirer nos pirogues. »
Il explique la peur constante, mais aussi la nécessité de continuer :
« Si on ne pêche pas, on ne mange pas. »
Comme beaucoup d’enfants dans sa situation, François a dû renoncer à l’école pour subvenir aux besoins de sa famille :
« Mes parents n’ont pas les moyens de m’inscrire à l’école, alors je viens ici pour les aider. »
Celui-ci il exprime avec émotion son souhait d’un avenir meilleur :
« J’aimerais tellement pouvoir étudier et devenir enseignant. Mais pour l’instant, mon seul métier, c’est la pêche. »
Les défis quotidiens que rencontrent les enfants pêcheurs du lac Kivu ne sont pas de simples difficultés passagères, mais de véritables menaces pour leur développement physique, mental et social. Au-delà des risques immédiats comme la noyade ou le froid intense, ces enfants sont privés d’une enfance digne et de l’accès à l’éducation, qui pourrait pourtant transformer leur vie. Cette réalité les enferme dans un cycle de pauvreté et d’exclusion, réduisant à néant leurs rêves, comme celui de devenir enseignant. Il est urgent d’agir pour leur offrir des alternatives concrètes, assurant leur protection et leur droit fondamental à un avenir digne et prometteur.
Ces témoignages soulignent l’urgence de protéger ces enfants et de leur offrir des alternatives éducatives et économiques durables.
Gabriel Cubaka, volontaire pour les enfants et les jeunes
