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Aujourd’hui, les enfants de moins de 12 ans sont de plus en plus exposés aux contenus diffusés sur les réseaux sociaux tels que TikTok, Instagram ou YouTube. Même s’ils ne possèdent pas eux-mêmes de comptes, ils accèdent à ces plateformes via ceux de leurs proches ou à travers d’autres canaux numériques. Cette exposition précoce à des images souvent idéalisées du corps influence profondément la perception qu’ils ont d’eux-mêmes. À cet âge encore fragile, des questions comme l’estime de soi, l’acceptation de son apparence ou les standards de beauté irréalistes deviennent des enjeux préoccupants.

Les réseaux sociaux sont des plateformes qui permettent de communiquer, partager des photos, vidéos, textes et d’interagir en temps réel. Des applications comme Facebook, TikTok, WhatsApp, Instagram ou YouTube sont très présentes dans le quotidien des jeunes. Utilisés pour s’informer, se divertir ou maintenir des liens sociaux, ils influencent fortement les comportements, les modes de vie et l’image que les enfants construisent d’eux-mêmes.

Naomie Birindwa, 11 ans, élève à Goma :
« Quand je regarde les vidéos sur TikTok, je vois des filles minces, aux cheveux longs, très jolies. Ensuite, je vais me regarder dans la glace, et je ne me trouve pas belle comme elles. »

Maman Grâce, mère de deux enfants à Bukavu :
« Un jour, ma fille de 9 ans m’a demandé si elle pouvait utiliser une crème pour devenir plus claire. Elle m’a dit que toutes les filles claires sont jolies et que tout le monde les aime sur Instagram. J’ai été bouleversée. »

Joël Mungwakokwa, 10 ans, élève en 5e primaire :
« Sur YouTube, il y avait un garçon qui montrait ses muscles en disant que toutes les filles l’aimaient. Moi aussi, je veux avoir des muscles, je trouve que mon corps ne vaut rien. »

Ces témoignages soulignent à quel point les réseaux sociaux influencent l’image corporelle des enfants, souvent au détriment de leur confiance en soi. D’où l’importance d’un accompagnement parental et éducatif renforcé pour aider les plus jeunes à développer une image positive d’eux-mêmes, loin des filtres et des apparences irréalistes.

Avis des spécialistes

L’influence croissante des réseaux sociaux sur la perception du corps chez les enfants suscite l’inquiétude des professionnels de la santé mentale, de l’éducation et du développement personnel. Plusieurs spécialistes partagent leurs observations et recommandations.

Dr Jeanne Kalume, psychologue scolaire :
« À cet âge, les enfants sont en pleine construction de leur identité et de leur image de soi. Lorsqu’ils sont constamment exposés à des contenus valorisant uniquement certains types de corps, ils peuvent développer une perception négative d’eux-mêmes. J’ai vu des enfants de 8 ou 9 ans refuser de manger pour « maigrir » comme les influenceuses. Ce sont des signes précoces de troubles de l’estime de soi. »

Prof. Éric Mwema, sociologue à l’Université de Kisangani :
« Les réseaux sociaux véhiculent une norme esthétique mondialisée, souvent inaccessible. L’enfant, encore en développement, cherche à imiter ces modèles sans comprendre les filtres, les retouches ou les mises en scène. Cela brouille sa perception du réel et l’amène à croire que sa valeur dépend uniquement de son apparence. »

Chantal Bisimwa, éducatrice en milieu scolaire :

Tous ces spécialistes s’accordent à dire que, mal encadrée, l’exposition aux réseaux sociaux peut gravement altérer la perception qu’ont les enfants de leur corps. Les normes inaccessibles qu’ils y rencontrent génèrent stress, complexes et comportements à risque dès le plus jeune âge.

Pour prévenir ces effets, un encadrement parental renforcé, une éducation à l’image et une valorisation des corps réels et sains s’imposent comme des priorités.

Louise bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes au sud kivu

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