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Dans les zones rurales à travers le monde, la naissance d’un enfant est généralement un moment de joie, mais elle peut rapidement tourner au drame lorsque le bébé arrive avant terme. Ce phénomène, connu sous le nom de prématurité, reste largement méconnu et sous-estimé, notamment dans les contextes où les structures de santé sont limitées et les ressources médicales insuffisantes.

C’est le cas à Kabare, territoire rural de la province du Sud-Kivu, dans l’est de la République Démocratique du Congo. Ici, la prématurité représente un enjeu de santé majeur. Dans plusieurs coins de cette région, la joie d’une naissance se transforme en angoisse lorsque le bébé naît trop tôt, exposé à d’énormes risques dans un environnement médical souvent démuni.

Un début fragile dans la vie

Les bébés prématurés, nés avant 37 semaines de grossesse, présentent des besoins spécifiques : chaleur corporelle, assistance respiratoire, nutrition adaptée et soins constants. Dans un contexte rural comme celui de Kabare, ces besoins deviennent de véritables défis.

Une sage-femme expérimentée d’un centre de santé local en témoigne :
« Quand un enfant naît trop tôt ici, c’est comme si on jouait à la loterie avec la vie. Sans matériel, sans électricité stable, sans incubateur… c’est presque un miracle quand l’enfant survit. »

Des causes multiples, souvent aggravées par l’insécurité

La prématurité dans cette région ne relève pas du hasard. Elle est le résultat de facteurs souvent évitables : infections non soignées, malnutrition, grossesses précoces, absence de consultations prénatales. Mais ici à Kabare, un facteur pèse de plus en plus lourd : l’insécurité persistante.

Les groupes armés actifs dans les environs poussent de nombreuses familles à fuir leurs villages. Certaines femmes enceintes vivent cachées dans la brousse, sans accès aux soins de base.

C’est le cas de Justine, une femme déplacée, qui partage son expérience :
« J’étais enceinte de sept mois quand les combats ont commencé près de chez nous. J’ai dû marcher pendant des heures pour fuir. Trois jours plus tard, j’ai accouché d’un bébé trop petit. Il n’a vécu que deux jours. »

D’autres mères, comme Mireille, 19 ans, subissent les conséquences économiques du conflit :
« Je n’ai jamais pu faire une échographie. L’argent manquait, et mon mari avait été déplacé par les violences. J’ai accouché à la maison. Heureusement, une voisine m’a aidée. »

Les conséquences : un fardeau pour la vie

Approchés par Watoto News, plusieurs professionnels de santé affirment que même lorsqu’un bébé prématuré survit, les séquelles peuvent être lourdes : difficultés respiratoires, retards de développement, troubles neurologiques. À Kabare, où les soins postnataux spécialisés sont rares, le risque de handicaps durables est élevé.

Ces conséquences ne sont pas que médicales. Elles affectent profondément les familles, déjà en situation de précarité, qui doivent faire face à une charge émotionnelle, physique et économique.
Parmi ces enfants qui ont survécu, Arsène, 11 ans, raconte :
« Je ne cours pas vite comme les autres, à l’école on dit que je suis lent. Je n’aime pas quand les autres se moquent de moi. Mais maman me dit que je suis fort car j’ai combattu dès la naissance. »
Sa mère, les yeux humides, complète avec émotion :
« On oublie que ces enfants doivent continuer à se battre tous les jours. Pas seulement pour vivre, mais pour être acceptés. »

Les conséquences de la prématurité ne s’arrêtent pas à l’hôpital. Elles se prolongent dans la cour de récréation, dans la salle de classe, dans l’avenir même de ces enfants. Faute de suivi médical spécialisé, beaucoup n’obtiennent jamais de diagnostic précis ni de prise en charge adaptée.

Prévenir la prématurité : un espoir possible

Malgré les difficultés, la prématurité peut être réduite avec des actions simples mais essentielles :

Le renforcement du suivi prénatal,

La lutte contre les infections chez la femme enceinte,

La nutrition adaptée,

L’espacement des naissances,

La protection des femmes contre les violences et le stress lié à l’insécurité.

Une infirmière, au sein d’une structure sanitaire à Kabare, qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat, estime :
« Si on avait plus de moyens pour sensibiliser les femmes, les accompagner dès les premiers mois de grossesse, on sauverait beaucoup de bébés. »

Les mères en première ligne

Dans l’absence d’équipements, les mères deviennent elles-mêmes les incubateurs. La méthode du kangourou (bébé peau à peau contre la poitrine) est la principale solution.

Nsimire M’mbuyi, mère de jumeaux nés à sept mois à Cituzo/Mudaka, explique :
« Ça demande du courage et de la constance, mais parfois, c’est ce qui sauve. »

Une question de droits dès la conception

La Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), dans son article 6, rappelle que « tout enfant a un droit inhérent à la vie », et que les États doivent assurer sa survie et son développement. Cela commence dès la grossesse. Soutenir la santé maternelle, lutter contre les causes de la prématurité et protéger les femmes enceintes en zone de conflit, c’est faire respecter ce droit fondamental.

Une urgence silencieuse

À Kabare, la prématurité est une urgence qui ne fait pas de bruit. Un combat quotidien, porté par les femmes, les soignants, et parfois une simple couverture posée sur un corps minuscule. Ce sont des gestes simples, mais vitaux. Et derrière chaque vie sauvée, il y a une histoire, une lutte, et un espoir : celui d’un avenir où naître avant l’heure ne signifiera plus risquer sa vie.

Yseult Lwango, volontaire pour les enfants et les jeunes à Kabare

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