
Dans de nombreuses communautés, les enfants grandissent dans un environnement où on leur apprend à « se taire », à ne pas contester ni dénoncer. Cette culture du silence, héritée des traditions ou imposée par la peur des représailles, étouffe leur parole. Pourtant, s’exprimer est un besoin fondamental dans leur développement, au même titre que la sécurité et l’amour. Lorsqu’ils sont réduits au silence, ils perdent confiance en eux et voient leurs aspirations s’effondrer.
Esther, 12 ans, élève à Bukavu, témoigne :
« Une fois, j’ai été punie à tort à l’école, mais je n’ai rien dit à la maison, parce qu’on dit qu’un enfant ne parle pas. »
Kevin, 10 ans, raconte :
« Quand mon oncle me frappait, je ne disais rien, car on m’a dit que si je parlais, il allait me chasser de la maison. »
Mme Chantal Bugende, mère de trois enfants, confie :
« Avant, je croyais qu’un bon enfant était celui qui se tait. Mais j’ai compris que cela détruisait mes enfants, surtout ma fille qui s’isolait. »
Ces récits montrent comment le silence est imposé, même face à l’injustice ou à la souffrance. Il freine l’épanouissement des enfants et étouffe leurs rêves.
Les effets du silence
Le silence imposé a des conséquences multiples :
Des recherches menée par Watoto News sur ce sujet établissent que sur le plan psychologique, on a peur, repli sur soi, timidité excessive, troubles anxieux ou dépressifs .
Sur le plan social : difficulté à se défendre, à dénoncer les violences, à s’affirmer.
Il favorise aussi la reproduction des violences : harcèlement, abus, maltraitance… car l’enfant ne parle pas.
Libérer la parole, préserver l’enfance
Daniella Furaha, psychologue pour enfants, explique :
« L’enfant qui ne peut pas s’exprimer développe une faible estime de soi. Il croit que sa voix ne compte pas. Cela peut avoir des conséquences jusqu’à l’âge adulte. »
Prof. Désiré Kalume, sociologue, ajoute :
« Dans nos communautés, le silence est vu comme une vertu. Pourtant, il freine la société. Les enfants ont besoin de parler pour grandir et être protégés. »
Des institutions comme l’UNICEF rappellent que le droit à la parole est essentiel : chaque enfant doit être écouté et respecté.
Briser la culture du silence
Pour permettre aux enfants d’exprimer leurs besoins et leurs rêves :
Favoriser le dialogue en famille, dès le plus jeune âge, sans peur ni jugement.
Créer des espaces d’écoute à l’école, comme les cercles de parole.
Encourager l’expression à travers les médias jeunesse et les clubs scolaires.
Former parents et enseignants à l’écoute bienveillante.
Impliquer les leaders communautaires et religieux dans la sensibilisation contre les tabous.
Rompre le silence, c’est offrir à chaque enfant la possibilité de s’exprimer, de se reconstruire et de contribuer pleinement à la société. Une voix entendue est un avenir protégé.
Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu
