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À Kabare, dans plusieurs groupements et villages, l’hygiène des enfants est devenue une préoccupation secondaire dans certains foyers, surtout pour les garçons. Des enfants passent plusieurs jours sans se laver, vêtus de tenues rarement lavées, exposés quotidiennement à la poussière, aux mouches et aux agents pathogènes.

Pourtant, cette situation se déroule sous le regard résigné ou détaché de nombreux parents, malgré les efforts de sensibilisation menés par des relais communautaires et structures sanitaires locales.

«Je me lave une seule fois la semaine… ou même pas», raconte Camunani Mbone, 11 ans, rencontré à Cirhagabwa, village de Kashusha.

Cette banalisation de la négligence hygiénique exposent l’enfant à être rejeter par les autres. Une situation qui devrait interpeller les parents.

Rejetés parce qu’ils sont sales : quand l’hygiène chasse les enfants de l’école

Assis derrière un commerce de fortune à Miti-centre, un garçon à la voix basse observe les passants sans les regarder vraiment. Il s’appelle Fiston Kambale, 12 ans. Il ne va plus à l’école depuis bientôt quatre mois.

« Mes habits sentaient. J’avais pas de savon, ni d’eau propre à la maison. Les autres riaient de moi. Une fille a crié que je sens l’odeur de la saleté. Depuis ce jour-là, j’ai arrêté d’aller à l’école. Je préfère rester ici, vendre des biscuits pour notre voisin.»

Son histoire n’est pas isolée. De nombreux enfants dans les milieux ruraux, lorsqu’ils ne sont pas encadrés à la maison, deviennent la cible de moqueries, voire d’exclusion dans les cours d’école, en raison de leur apparence ou de leur odeur.

Madame Bahati Cimalamungo, enseignante depuis plus de 10 ans, témoigne : « Parfois, nous avons en classe des enfants tellement négligés que les autres ne veulent pas s’asseoir près d’eux. Ils sentent mauvais, leurs vêtements sont en lambeaux. Ça affecte leur concentration, leur estime de soi. Et certains finissent par abandonner. »

Elle poursuit : « Ce n’est pas la pauvreté qui est le plus grand problème, c’est le manque d’implication des parents. Même sans moyens, on peut au moins laver un enfant avec de l’eau du robinet. »

Un autre parent rencontré à Miti-centre, sous anonymat, confie : « Oui, parfois nous manquons de moyens, mais souvent c’est aussi un manque de suivi. Je reconnais que je n’ai pas toujours fait attention à la propreté de mes enfants, surtout mon fils. C’est vrai que les filles reçoivent plus de soins, mais il faut changer cela, car les garçons aussi tombent malades à cause de la saleté.»

Sensibilisations : Lutter pour prévenir le choléra et la mpox

Face à cette situation préoccupante, les autorités sanitaires et les relais communautaires multiplient les actions de sensibilisation dans les écoles, marchés et lieux publics. Des campagnes d’information régulières sont organisées pour rappeler l’importance du lavage des mains, de l’utilisation de l’eau potable, et du respect des règles d’hygiène corporelle.

Certes des actions orientées pour la lutte contre la Mpox et le choléra mais par ricochet des cadres de rappel pour les enfants et les parents que l’hygiène corporel et le lavage des mains sont des actes à poser au quotidien pour éviter certes la contamination mais surtout rester propre.

Mapendano Badosa Joseph, infirmier titulaire au Centre de Santé de Mulungu-Miti, explique : « Nous faisons régulièrement des séances de sensibilisation auprès des parents, enseignants et enfants. Mais certains parents restent réticents ou négligents, ce qui compromet les efforts. L’hygiène est un rempart essentiel contre ces maladies.»

Ce que dit la loi

Cette négligence parentale est en contradiction avec plusieurs textes de loi en RDC :

Loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant
Article 47 : « Tout enfant a droit aux soins de santé appropriés, à une alimentation suffisante, à un logement décent, à l’eau potable, à l’hygiène corporelle, à la protection contre les maladies et à un environnement salubre. »
Article 48 de la même loi stipule : « Les parents ou toute autre personne ayant la garde de l’enfant sont tenus d’assurer, selon leurs moyens, les conditions de vie propres à garantir le développement physique, mental, moral et social de l’enfant. »

La Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), ratifiée par la RDC, souligne également :
Article 24 : « Les États parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible… Ils s’efforcent d’assurer que les parents soient informés de l’hygiène et de l’assainissement de l’environnement. »

Article 27 de la CDE ajoute l : « Les parents ont la responsabilité première d’assurer, dans la mesure de leurs possibilités, les conditions de vie nécessaires au développement de l’enfant. »

« Chaque parent peut agir », recommandations des écoles

Pour contrer ce phénomène, certaines écoles s’impliquent davantage. Le directeur de l’école primaire Bukunda, en groupement de Miti, lance un appel clair aux familles :

« L’éducation à l’hygiène commence à la maison. Nous faisons notre part ici à l’école, mais si l’enfant vient déjà négligé, c’est qu’il y a un manquement au foyer. Nous recommandons aux parents de prévoir au moins un jour par semaine pour laver les habits des enfants, couper leurs ongles, vérifier les cheveux. Même avec peu, on peut faire beaucoup. »

Une négligence évitable, un avenir en danger

À Kabare, la saleté des enfants n’est pas une fatalité, mais bien le reflet d’un désengagement parental croissant face à des responsabilités essentielles. Loin d’être une question uniquement liée à la pauvreté, l’hygiène des enfants révèle un malaise plus profond : celui d’une société qui, parfois, banalise l’abandon silencieux de ses plus jeunes.

Les témoignages recueillis, qu’ils viennent d’enfants, d’enseignants, de parents ou de professionnels de santé, montrent tous la même chose : le manque d’attention à l’hygiène compromet gravement la santé, la dignité et la scolarité des enfants. Cette situation enfreint non seulement la loi congolaise mais aussi les principes fondamentaux de la protection de l’enfance.

Pourtant, des exemples d’écoles locales montrent qu’un changement est possible. À l’école Mère Hadewich de Miti, une école sous la gestion des sœurs de la résurrection, la propreté est un pilier éducatif. Les enseignants y insistent chaque matin sur l’importance du soin corporel : cheveux bien coiffés, mains propres, tenues lavées. Une vérification est même faite chaque semaine. Les résultats se font sentir : meilleure estime de soi, participation accrue en classe, et réduction des cas d’abandon.

Tant que certains parents continueront à négliger ces gestes simples du quotidien, les enfants de Kabare continueront de payer un lourd tribut : maladies, stigmatisation, abandon scolaire, perte de confiance. Pourtant, avec peu de moyens mais un peu plus de conscience, chaque parent peut inverser cette tendance.

Les relais communautaires, les enseignants, les chefs de villages, mais surtout les familles, doivent s’unir pour réhabiliter une valeur oubliée : la propreté comme acte d’amour et de protection. Car derrière chaque enfant négligé, c’est toute une communauté qui recule. Mais derrière chaque enfant propre et épanoui, il y a une famille qui avance.

Enquête réalisée dans plusieurs villages du territoire de Kabare, du 6 au 10 juin 2025.

Par Pascal Marhegane Ki-Moon, Volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud-Kivu

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