La ville de Goma, au Nord-Kivu, est en état de choc après l’assassinat brutal de l’artiste musicien et activiste Delcat Idengo, survenu ce jeudi 13 février. Les premieres informations en provenance de la ville volcanique rapportent que Délicat Idengo a été abattu par les hommes armés alors qu’il réalisait le tournage d’un clip pour sa nouvelle chanson « Bunduki za Kwetu », un morceau engagé dénonçant la présence des groupes armés en République Démocratique du Congo (RDC).
Selon des témoins sur place, l’attaque a eu lieu à Turunga, un quartier du nord de Goma, où Idengo, vêtue d’un pantalon militaire évoquant celui des forces armées congolaises, a été pris pour cible. Plusieurs sources évoquent une exécution ciblée plus qu’un acte de violence aléatoire.
Delcat Idengo, connu sous son nom véritable Delphin Katembo Vinywasi, avait acquis une notoriété dans la région grâce à ses paroles engagées qui dénoncent l’injustice et l’impunité instaurées par les guerres et conflits armés qui ravagent sa communauté depuis des années. Son engagement a souvent mis le gouvernement en difficulté, mettant en exergue les faiblesses du pouvoir en place face à la violence des groupes rebelles, notamment le M23, mais aussi le CODECO et l’ADF.
Récent évadé de la prison centrale de Munzenze, où il avait purgé une peine pour « outrage au chef de l’État », Idengo n’avait pas l’intention de se laisser abattre par les défis. Au contraire, il avait intensifié son activisme musical. Dans sa chanson « Guerrier », sortie peu après sa libération, il déclarait que “les élections ne changent pas le pays. Seule la volonté des dirigeants suffit”, exposant ainsi son scepticisme face aux institutions politiques.
Cette tragédie s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes à Goma, où les violences armées escaladent à nouveau après la prise de la ville par le M23 et ses alliés. Alors que la ville pleure la perte de l’un de ses fils les plus ardents, les manifestations ont éclaté à Beni, marquées par des coups de feu tôt dans la soirée, alors que les agents de l’ordre tentent de maîtriser la colère populaire.
Les réactions fusent de partout . Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias en RDC, a déclaré : « Ni l’horreur, ni la terreur ne pourront éteindre la flamme de la résistance à Goma et dans tout le pays. Indico Declat, un martyr de la lutte pour la liberté, nous a quittés ».
De son côté, le ministère de la Culture, de l’Art et du Patrimoine a exprimé sa profonde tristesse face à cette perte tragique : « Delcat Idengo portait à travers sa musique les aspirations et les espoirs de toute une génération. Son parcours témoigne de la puissance de l’art comme expression de liberté et de résistance. »
Les échos de l’assassinat de Delcat Idengo résonnent au-delà des frontières de Goma, rappelant que la lutte pour la justice et la paix en RDC passe par la voix des artistes. Sa disparition laisse un vide dans le paysage médiatique et culturel congolais, mais son héritage musical continue de porter le flambeau de la résistance et de l’espoir pour un avenir meilleur.
La Rédaction
