
Une réalité moins souriante et minimisée s’observe de plus en plus dans le territoire de Kabare en province du sud-kivu. Il s’agit des mariages précoces chez certaines adolescentes. Celles-ci se marient sans prendre conscience des implications de leur acte et d’autres sont menacées potentiellement par des mariages forcés.
Plusieurs raisons expliquent ce phénomène
Les enquêtes menées par watoto News démontrent que l’inégalité des sexes,la pauvreté,les coutumes et traditions ainsi que les grossesses précoces sont à la base de ce phénomène qui frappe de plein fouet des jeunes adolescentes en territoire de Kabare.
Certaines de ces filles sont mariées jeunes car considérées comme un poids pour la famille affirment certaines mamans contactées. Le pire est que le bien-être des filles mariées précocement ne constitue pas une priorité, car l’indigence des parents les poussent à marier leur fille avant 18 ans pour recevoir une dot et avoir une bouche de moins à nourrir. Pour d’autres, une occasion de créer des alliances stratégiques avec des familles plus nanties, en ignorant les textes juridiques congolais qui protège cette jeune fille.

À en croire Alfred Masumbuko, l’un des notables de Kabare Nord, plusieurs familles bafouent le bonheur de leurs enfants en faisant passer la coutume et tradition au premier rang :«selon la coutume “shi » ,l’honneur d’une famille passe par la virginité féminine.
Les parents marient alors leurs filles bien avant qu’elles ne soient prêtes à avoir des relations sexuelles afin d’éviter qu’elles ne puissent tomber enceinte et salir l’image de sa famille » explique-t-il.
Il ajoute que les parents le font également par crainte de voir éternellement leurs filles sous les toits familiaux et faire face aux regards dédaigneux de la société.
Pour nombreuses familles, le célibat d’une fille âgée de plus de 20 ans est considéré comme une honte à Kabare, voilà pourquoi certains parents et même des jeunes filles adolescentes sautent sur la première occasion qui se présente.
Cette situation est tolerée du fait pour certains d’ignorer la loi et d’autres de ne pas l’appliquer volontairement.
Cette violation est si répandue et normalisée que les sanctions sont rare :«l’interdire ne suffit pas, il faut mettre en application des mécanismes de suivi des lois y relatif », a ajouté Mr Masumbuko.
Cette pratique est lourde des conséquences
Qu’ils soient forcés ou non, ces mariages sont souvent une double peine pour les jeunes filles adolescentes :leurs droits à une enfance heureuse et à une éducation sont bafoués et leur santé mise en péril.
Ces conséquences sont désastreuses car les victimes sont isolées et obligées d’arrêter les études.
Elles sont en danger psychologiquement et physiquement notamment à cause des grossesses à risque qui sont parfois mortelles vu leurs jeunes âges.
Dépourvue de toute éducation sexuelles, les jeunes filles mariées précocement sont plus en proie aux risques des violences conjugales et sexuelles qu’elles subissent de leurs maris souvent plus âgés.
«Tout a commencé quand j’avais 15 ans, mon père ne me supportait plus sous son toit et a arrêté de me scolariser.il voulait que je me marie pour ne pas tombe enceinte sous le toit paternel comme tant d’autres filles de mon village.
Impuissante et soumise, ma mère ne pouvait rien faire malgré sa bonne volonté.
C’est ainsi que mon père m’a présenté à quelqu’un et m’a mariée contre mon gré. Mais bizarrement malgré le fait que je n’etais pas consentante, j’étais quand même excitée à l’idée de pouvoir enfin me libérer des insultes qu’il me faisait subir à chaque occasion.
Aujourd’hui je pense que c’était une grosse bêtise de me marier très tôt. Cette décision a ruiné ma vie.», témoigne l’une des victimes des mariages précoces.
Elle ajoute à Watoto News qu’elle est maintenant mère de 5 enfants et son époux l’a abandonné après une longue durée de maltraitance de tout genre qu’elle a enduré.
Elle se bat seule pour subvenir aux besoins de ses enfants grâce à une petite activité de commerce qu’elle exerce
«je suis incapable de faire plus vu mon niveau d’étude trop bas» a-t-elle souligné
Au delà de chaque jeune fille, c’est tout le pays qui est en danger
Les mariages précoces ont des répercussions sur le développement économique et social de tout un pays.
La faible instruction chez la fille limite sa compréhension de ses droits et sa capacité à prendre des décisions éclairées concernant sa santé et sa vie.
Cette interruption d’éducation perpétue le cercle vicieux de la pauvreté car les filles qui ne terminent pas la scolarité ont moins de chances de contribuer économiquement à leur ménage et de participer activement au développement de la société.
Que dit la loi ?
A son article 48, la loi du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant, stipule que « les mariages et fiançailles d’enfants sont interdits.
Toute personne qui exerce l’autorité parentale sur un enfant , le donne en mariage , ou le contraint à se marier est punie d’une peine de 5 à 12 ans de servitude pénale principale et d’une amende de huit cents mille à un million de francs congolais.(cfr art 189).
Plusieurs defenseurs de Droits de l’enfant sont d’avis que pour mettre un terme à ce phénomène, il faut agir sur les causes profondes de la pauvreté, puis les coutumes et traditions enfin promouvoir l’instruction chez les jeunes filles, et les encourager à finir les études secondaires et post secondaires ou apprendre un metier.
Les séances de sensibilisations à ce propos faites par des organisations de promotion de la jeune fille joueront également un rôle très important chez les parents et les enfants pour contrer ce phénomène qui prive les jeunes filles adolescentes de leur adolescence à Kabare.
Yseult Wwango, volontaire pour les enfants à Kabare
