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Une vague d’indignation traverse le monde médical du Sud-Kivu après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo jugée « insoutenable », montrant un médecin exerçant des violences physiques et psychologiques sur une femme venant d’accoucher. Face à cet incident, le Centre d’Excellence Denis Mukwege (CEDM) de l’Université Évangélique en Afrique (UEA) a publié une déclaration ferme condamnant des actes qualifiés de graves violations des droits humains et de l’éthique médicale.

Une scène qui choque et révolte

Dans cette vidéo devenue virale, un praticien est aperçu en train de gifler une femme en post-partum tout en l’humiliant verbalement. Plus grave encore, la patiente aurait été filmée nue après avoir refusé une réparation du périnée, un acte médical nécessitant pourtant son consentement.

Pour le Centre d’Excellence Denis Mukwege, engagé dans la lutte contre les violences gynécologiques et obstétricales à travers le projet Heshima Kwa Mwanamuke, ces images constituent un cas manifeste de violences infligées à une femme dans un moment d’extrême vulnérabilité.

« L’accouchement devrait être un moment de joie, d’amour et d’accompagnement. Il a été transformé en un espace d’humiliation et de brutalité »,

déplore le centre dans sa déclaration rendue publique le 27 mars à Bukavu.

Le corps médical signataire exprime sa profonde compassion envers la victime, estimant que sa dignité a été gravement atteinte par des violences physiques, psychologiques ainsi que par une exposition publique injustifiable.

Une violation grave des règles médicales et des droits humains

Selon les spécialistes, les faits dénoncés dépassent largement le cadre d’une simple faute professionnelle.

Le CEDM rappelle notamment que ces actes violent l’article 34 de la Constitution congolaise, qui interdit tout traitement cruel, inhumain ou dégradant. Filmer une patiente nue constitue également une atteinte grave à la vie privée, au secret médical et au principe fondamental du consentement éclairé.

Dans le domaine médical, le refus de soins est un droit reconnu au patient. Punir une femme pour avoir exercé ce droit revient, selon les experts, à nier les bases mêmes de la médecine moderne centrée sur la personne.

« Un médecin censé protéger la vie ne peut devenir une source de peur »,

souligne la déclaration, dénonçant un comportement contraire aux exigences d’éthique, de moralité et de dignité imposées aux praticiens en RDC.

Un problème plus large que ce seul incident

Au-delà de l’émotion suscitée par la vidéo, les professionnels de santé alertent sur une réalité plus profonde : les violences gynécologiques et obstétricales restent largement invisibles.

Les recherches menées par le CEDM depuis 2022 au Sud-Kivu révèlent des chiffres préoccupants :
plus de 80 % des femmes ne signalent pas les violences subies ;les sages-femmes et médecins figurent parmi les auteurs les plus fréquemment cités, selon les types de violences; l’accouchement constitue le moment le plus critique, concentrant la majorité des cas ;près de 26,6 % des femmes ne reconnaissent même pas ces actes comme des violences.

Pour les spécialistes, ces pratiques fragilisent dangereusement la confiance entre la population et le système de santé, au point de dissuader certaines femmes d’accoucher dans des structures médicales, augmentant ainsi les risques pour leur vie et celle des nouveau-nés.

Un appel à des sanctions exemplaires

Face à la gravité des faits, le groupe de lutte contre les violences gynécologiques et obstétricales exige des mesures immédiates.

Le corps médical appelle notamment :
• le Conseil national de l’Ordre des médecins à identifier rapidement le praticien impliqué et à engager des poursites disciplinaires pouvant aller jusqu’à la radiation ;
• les autorités judiciaires à ouvrir une enquête urgente ;
• le gouvernement congolais à faire de la lutte contre ces violences une priorité nationale de santé publique ;
• les organisations de la société civile et les ONG à unir leurs efforts pour défendre la dignité des femmes.

Les signataires insistent : cet acte ne salit pas seulement une victime, mais porte atteinte à l’ensemble du corps médical congolais.

Défendre une médecine respectueuse

À travers le projet Heshima Kwa Mwanamuke, le Centre d’Excellence Denis Mukwege mène depuis plusieurs années des actions de recherche, de prévention et de sensibilisation contre les violences liées au non-respect du consentement, à la confidentialité, aux abus verbaux, physiques ainsi qu’aux comportements inappropriés dans les structures de santé.

Pour les médecins, sages-femmes et chercheurs signataires, cette affaire doit marquer un tournant.

« La naissance ne doit jamais être un moment de peur, d’humiliation ou de violence »,

rappellent-ils, réaffirmant leur engagement en faveur d’une médecine fondée sur la dignité humaine, le respect et les droits des patientes.

Alors que l’opinion publique reste choquée par les images circulant en ligne, beaucoup espèrent désormais que cette indignation collective débouchera sur des réformes concrètes afin que plus aucune femme ne vive un tel traumatisme au moment de donner la vie.

Gabriel Cubaka, volontaire pour les enfants et les jeunes.

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