
On fait comme à la télé, une phrase de plus en plus entendue dans les quartiers de Bukavu, où de nombreux enfants imitent ce qu’ils voient dans les telenovelas, films ou séries télévisées. Ils rejouent des scènes d’amour, de dispute conjugale, de jalousie, ou même de violence, sans toujours comprendre ce qu’elles signifient.
Cette imitation, révèle une influence grandissante des écrans sur leur manière de jouer, de parler, et de concevoir les relations humaines.
Quand les jeux d’enfants deviennent des scènes d’adultes
Divine Iragi, 10 ans, élève en 5e primaire, témoigne :
« Quand je regarde les films avec ma grande sœur, j’apprends comment les femmes parlent à leurs maris. Après, on joue à la maison : moi, je suis la femme, mon ami c’est le mari. On s’insulte un peu, comme dans les films. »
Prince Mukulu, 11 ans, ajoute :
« Dans notre jeu, je suis souvent celui qui trompe sa femme, comme dans les séries. On rigole, mais après, les petits croient que c’est normal. »
Des parents et enseignants rapportent avoir surpris des enfants en train de se marier, s’embrasser ou se disputer, reproduisant des gestes vus à l’écran. Une mère de quatre enfants à Pageco explique :
« Un jour, j’ai vu ma fille jouer avec ses amis à “la maison”, et ils se disputaient comme un vrai couple. J’ai compris que c’était ce qu’elle voyait à la télé. »
Un apprentissage à l’envers des relations humaines
Sans accompagnement, les enfants ne parviennent pas à faire la différence entre fiction et réalité. Ils prennent pour modèle des scènes de trahison, de manipulation, de jalousie ou de violence conjugale, présentées comme normales à l’écran.
Amani, 13 ans, affirme :
« Moi, je sais déjà comment réagir si un garçon me trompe. J’ai vu dans la série, on ne doit pas pardonner. »
Pour le CDE, cette imitation inconsciente de la fiction par les enfants est un signal d’alarme.
« C’est un phénomène sous-estimé. Nous appelons les parents à surveiller les contenus que leurs enfants consomment, mais surtout à en discuter avec eux. Les enfants ont besoin d’un filtre, pas d’une liberté totale devant l’écran. »
Un appel à l’éducation médiatique
Ces telenovelas, souvent perçues comme inoffensives, deviennent des références de vie pour certains enfants. Cela appelle à une action collective.
Les familles, les éducateurs et les médias sont invités à encourager des jeux créatifs, des discussions ouvertes et à promouvoir des contenus adaptés à l’âge des enfants.
Les écrans peuvent éduquer..mais parfois à l’envers
Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes à watoto News
