
À Miti, dans le territoire de Kabare, la prostitution fait régulièrement l’objet de discussions au sein de la communauté. Elle choque, interroge et divise.
Pourtant, derrière les débats et les jugements, une réalité plus profonde demeure souvent occultée : en période de guerre et d’insécurité persistante, les enfants et les adolescents sont particulièrement exposés, non par choix, mais pour survivre.
Dans un contexte où les conflits armés fragilisent les familles, détruisent les moyens de subsistance et perturbent l’accès à l’éducation, la prostitution impliquant des mineurs devient avant tout un symptôme de la crise, et non une simple dérive individuelle.
Pourtant , selon la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) même en temps de conflit, l’enfant doit être protégé contre toutes les formes d’exploitation sexuelle (article 34) contre la violence et l’abandon (article 19), et bénéficier du droit à l’éducation (article 28).
Autrement dit, la guerre n’excuse pas la violation des droits de l’enfant. Au contraire, elle renforce l’obligation de protection. Lorsqu’un enfant se retrouve dans la prostitution, la CDE parle de victime d’un contexte défaillant, et non d’un comportement déviant.
« On parle beaucoup, mais personne ne voit la guerre derrière »
À Miti, certaines adolescentes témoignent sous anonymat d’une réalité directement liée à l’insécurité et à la pauvreté engendrées par les conflits.
« On parle beaucoup de nous au marché et dans les quartiers. Mais ce que les gens ne disent pas, c’est que la guerre a tout détruit. Mon père a fui, ma mère n’a plus de travail. J’ai fait ça pour manger. »
Adolescente, sous anonymat
Une autre évoque la rupture familiale provoquée par l’insécurité :
« Quand les combats ont commencé dans notre village, on s’est dispersés. Je me suis retrouvée seule ici. Sans école, sans aide. La survie est devenue plus importante que tout. »
A fait savoir une Jeune fille
Ces paroles rappellent que, dans un contexte de conflit, la prostitution des mineurs est souvent une stratégie de survie imposée, et non un choix libre.
Guerre, pauvreté et déscolarisation : un cercle dangereux
La guerre accentue la déscolarisation, le déplacement des populations et l’effondrement des solidarités traditionnelles. À Miti, comme dans d’autres zones affectées, ces facteurs combinés créent un terrain favorable à l’exploitation des enfants.
La CDE insiste pourtant sur la responsabilité de l’État et des communautés de renforcer les mécanismes de protection, surtout en période de crise, afin d’éviter que les enfants ne soient contraints de monnayer leur corps pour survivre.
La société civile appelle à dépasser le jugement
Pour un acteur de la société civile locale, il est urgent de changer de regard :
« On parle beaucoup de prostitution, mais très peu de la guerre et de ses conséquences sur les enfants. Tant que la survie primera sur la protection, les droits de l’enfant resteront théoriques. »
Selon lui, seule une approche basée sur les droits, la prévention et l’assistance sociale peut réduire durablement ce phénomène.
Protéger en temps de guerre : une urgence absolue
À Miti, évoquer la prostitution des mineurs sans tenir compte du contexte de guerre revient à simplifier une réalité complexe. Les enfants exposés ne sont pas seulement victimes de la pauvreté, mais aussi des conflits qui fragilisent tout leur environnement.
La Convention relative aux droits de l’enfant rappelle une exigence fondamentale : même en temps de guerre, l’enfance doit être protégée. À défaut, c’est toute une génération qui grandit dans la survie plutôt que dans l’espoir.
Yseult Lwango, volontaire pour les enfants et les jeunes
