
À l’approche des fêtes de fin d’année, l’enthousiasme attendu a cédé la place à l’inquiétude pour de nombreuses familles modestes au Sud-Kivu. Entre la pression sociale, les attentes des enfants et un contexte économique marqué par la hausse du coût de la vie, les conflits armés, célébrer Noël et le Nouvel An devient un véritable défi. Dans ce climat de précarité, les ménages à faibles revenus redoublent d’ingéniosité pour préserver l’essentiel : la dignité, la cohésion familiale et l’esprit de partage.
Face aux contraintes financières, plusieurs familles choisissent de revenir à la signification profonde des fêtes. Loin des dépenses excessives, elles privilégient des moments simples, centrés sur la famille, la prière et la gratitude. Un repas modeste partagé ou un temps de recueillement suffit parfois à recréer la chaleur des célébrations.
L’anticipation constitue également une stratégie clé. Certains foyers épargnent de petites sommes bien avant le mois de décembre, profitent des promotions ou réutilisent les décorations des années précédentes. Les repas faits maison, moins coûteux, s’imposent ainsi comme une alternative aux produits transformés.
Par ailleurs, la solidarité communautaire joue un rôle déterminant. Dans plusieurs quartiers populaires de Bukavu, des associations, des églises et des groupes locaux organisent des repas collectifs ainsi que des distributions de vivres, de vêtements ou de jouets. Ces initiatives renforcent l’entraide et atténuent les difficultés individuelles, tout en ravivant l’esprit de communauté.
S’agissant des cadeaux, de nombreux parents pensent compenser le manque de moyens par la créativité. La fabrication artisanale, les activités ludiques en famille ou de simples attentions symboliques permettent de maintenir la magie auprès des enfants. L’objectif n’est pas la valeur marchande, mais l’intention et l’affection transmises.
La crise économique pousse à repenser certaines traditions. Les grands festins laissent place à des repas symboliques, tandis que l’accent est mis sur la paix, le pardon et le partage. Une manière de s’affranchir des comparaisons sociales et de redonner aux fêtes leur dimension profondément humaine.
Si préparer les fêtes en période de crise demeure un exercice éprouvant pour les familles modestes, cette réalité ouvre également la voie à une redéfinition des priorités. En misant sur la solidarité, la simplicité et le vivre-ensemble, ces foyers démontrent que la joie des fêtes ne se mesure pas à l’abondance matérielle, mais à la capacité de partager et de rester unis.
Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu
