
« J’ai déjà été victime du harcèlement en ligne, il y a un inconnu qui m’envoyait des messages bizarres sur Facebook mais après je l’ai bloqué… mais la plupart de mes amies aussi ont déjà eu à être victime du harcèlement sexuel en ligne. Il y’a une à qui un garçon écrivait des messages, et c’était devenu comme une obsession »
se confie Marlène (nom d’emprunt), une adolescente de 16 ans.
Aline Sifa, 15 ans (nom d’emprunt), partage une expérience similaire :
« Une ancienne amie un jour a été victime du harcèlement. Elle causait avec un gars sur Facebook au point de lui envoyer ses photos intimes ; ils ne se connaissaient pas en personne, c’était juste sur les réseaux sociaux. À force d’insister, la fille avait cédé. Malheureusement les photos ont fini sur TikTok, ce qui l’a déprimée ».
Avec l’essor des nouvelles technologies, les adolescentes se retrouvent confrontées à des formes variées de harcèlement, en particulier le harcèlement sexuel en ligne. Les réseaux sociaux, les messageries et les appels vidéo exposent les jeunes à des violences qui s’immiscent jusque dans leur intimité. Si filles et garçons sont concernés, les filles restent les plus touchées. Beaucoup ne savent pas identifier clairement le harcèlement ou comment réagir.
Jospin (nom d’emprunt), 16 ans, témoigne lui aussi :

« Il y avait un inconnu qui appelait mon amie sur Snapchat en vidéo. À chaque fois qu’elle prenait l’appel, la personne lui faisait des gestes bizarres, avec des parties de son corps non couvertes. Il lui disait des choses bizarres. Mon amie avait tellement peur puisque la personne habitait la même ville qu’elle. Un jour elle l’a bloqué ».
Le harcèlement sexuel en ligne, incompris ?
Certains adolescents ne savent pas exactement ce qu’est le harcèlement sexuel, encore moins en ligne. D’autres en ont une idée vague, influencée par des films, des discussions entre amis ou des contenus publiés sur les réseaux sociaux, ce qui peut entraîner une mauvaise compréhension du phénomène.
« Je sais que le harcèlement en ligne c’est quand une personne envoie des messages ou des images à caractère sexuel à une autre personne »,
dit Marlène.
« Le mot harcèlement sexuel c’est quelque chose que j’ai entendu la première fois à la télévision. À travers les films que je regarde, des films pour adolescents, un jour il y avait un cas d’harcèlement »,
ajoute Aline.
John (nom d’emprunt), 16 ans, reconnaît pour sa part ne pas être capable d’identifier clairement un comportement de harcèlement.
Bien que la faute ne revienne jamais à la victime, certaines adolescentes se culpabilisent.
« Parfois les filles sont aussi la cause de leur propre harcèlement. Parce qu’il y a des filles qui postent des contenus vulgaires sur les réseaux sociaux… »,
pense Marlène. John, lui, estime que la responsabilité serait partagée entre l’harceleur et celui qui est harcelé :

« Quand les filles publient leurs photos, certains garçons écrivent avec insistance des messages aux filles ».
Les dangers encourus par les victimes
Une adolescente harcelée en ligne peut faire face à de graves conséquences si elle ne trouve pas de soutien : isolement, traumatisme, abandon scolaire, stress intense ou pensées suicidaires.
« Après que mon amie a été harcelée et qu’on a publié ses photos intimes, j’ai lu dans ses yeux le dégoût. Tout le quartier parlait d’elle et la jugeait. Nous, ses amies, nous l’avons aussi abandonnée… »
reconnait Aline.
Marlène ajoute :
« Mon amie a failli s’ôter la vie… Elle se disait qu’elle n’avait plus envie de vivre. »
Elle explique aussi le rejet d’affection chez certaines filles après de telles expériences :
« C’est pourquoi certaines filles nous détestons les garçons… moi je sens même qu’ils me dégoûtent ».
Pourquoi les adolescents n’en parlent-ils pas ?
Les adolescentes hésitent à se confier aux adultes. Elles discutent davantage entre elles, estimant ne pas être comprises par les parents. Solange Naweza, mère et encadreuse d’enfants, témoigne :
« La première fois qu’une adolescente est venue me parler… j’avais très mal réagi. J’ai tonné sur elle… après je me suis rendu compte de mon erreur… Les adolescentes auront du mal à se confier si les adultes continuent à les juger. Certaines ont aussi peur qu’on leur retire leur téléphone. »
Dans la culture congolaise, le silence autour de la sexualité limite la possibilité pour les jeunes de demander de l’aide.
« Et s’il y’a des parents qui ne sont pas informés sur le harcèlement sexuel, comment sauront-ils ce que vivent les adolescentes en ligne ? »
s’interroge-t-elle.« Parfois quand on veut parler à un adulte, on se rend compte qu’ils n’ont pas la même compréhension que nous… »
dit Aline, qui ajoute que la génération actuelle vit une expérience numérique que leurs parents n’ont jamais connue.
John et Jospin expliquent également que les filles ne se confient presque jamais aux garçons, par honte. Et lorsque l’harceleur est une personne connue élève, professeur ou membre de la famille la peur de représailles ou de perdre la réputation empêche les victimes d’agir.
Comment mieux protéger les adolescentes
La protection doit être collective : parents, écoles, adolescents eux-mêmes. Pour Solange Naweza,

« les parents devraient écouter sans juger… une communication ouverte sur les questions sexuelles devrait avoir lieu… apprendre aux enfants à dire non ».
Les adolescents reconnaissent aussi leur rôle :
« Tout ce que je peux dire est de demander aux garçons d’arrêter de harceler les filles… penser aux conséquences »,
dit John.
« Nous les garçons, devons soutenir les filles… et les écoles devraient organiser des formations sur le harcèlement sexuel en ligne… » ajoute Jospin.
Au-delà du harcèlement, une éducation au numérique est indispensable pour apprendre à se protéger en ligne.
« Les auteurs du harcèlement sexuel devraient être punis sévèrement… mais aussi je demande aux filles de toujours mettre les vraies informations sur leurs comptes, surtout l’âge… »
conclut Marlène.
Faire face au harcèlement sexuel en ligne
Pour nombreux, les adolescentes peuvent renforcer leur protection en adoptant de bons réflexes : vigilance, savoir dire non, bloquer les contacts douteux, signaler les comptes, demander de l’aide aux adultes.
Internet est un outil essentiel pour les jeunes, mais aussi une source de risques. Un rapport des Nations Unies indique que 80 % des enfants dans 25 pays se sentent en danger d’abus, d’exploitation ou de harcèlement sexuel. La protection numérique est donc indispensable.
Les adolescentes ont besoin d’un environnement qui les écoute, les informe et les accompagne afin qu’elles puissent utiliser le numérique en sécurité.

Toutes les images d’illustration ont été générées par l’IA
Emmanuella Bahindwa volontaire pour les enfants et les jeunes à watoto News
