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De plus en plus de jeunes, souvent sans emploi et à la recherche d’un revenu rapide, se tournent vers les paris sportifs. À Bukavu, cette pratique a pris de l’ampleur, notamment dans les quartiers populaires où les guichets de pari se multiplient. Ces petits kiosques colorés attirent chaque jour des dizaines de jeunes convaincus de pouvoir transformer quelques billets en fortune. Mais derrière ce divertissement se cache une illusion dangereuse : celle du gain facile.

Dans la ville de Bukavu, il n’est pas rare de voir des groupes de jeunes dans les guichets, discutant des matchs, cochant leurs combinaisons sur des papiers et attendant les résultats.

Aksanti Papy , 18 ans, jeune du quartier Nkafu et parieur raconte comment tout a commencé :

« C’est un ami à moi qui m’avait initié dans les paris foot. Il avait gagné plus de 10 000 francs congolais en misant seulement 500 francs. Quand j’ai vu ça, j’ai voulu essayer. Mais la plupart du temps, on perd. L’argent qu’on a gagné en ramassant des morceaux de métal, on le reperd encore là. Il arrive qu’on gagne, mais souvent, c’est le “muzungu” ( système des paris) qui gagne. Moi, je ne veux pas arrêter jusqu’à ce que je gagne moi aussi un million, ou même trois millions. »

Le témoignage de Papy illustre bien le rêve qui anime beaucoup de jeunes : celui de frapper un grand coup. Pourtant, derrière chaque mise se cache une réalité plus dure celle des pertes et de la dépendance.

Akonkwa Serge, 19 ans, habitant du quartier Nkafu, observe le phénomène avec inquiétude :

« Je connais les jeux de hasard, mais je pense que ce sont des jeux dangereux. J’ai des amis qui jouent, et la plupart ont maintenant des dettes. Certains prennent même l’argent à la maison pour aller parier, et après ils perdent. Mais malgré ça, ils n’arrivent pas à arrêter. »

Ces propos révèlent l’autre face du pari, celui de la dépendance et la perte de contrôle. Ce qui commence comme un simple divertissement devient une habitude difficile à briser. Beaucoup rejouent sans cesse, espérant récupérer ce qu’ils ont perdu.

Au-delà du simple divertissement, les paris sportifs deviennent peu à peu un miroir des difficultés que traversent les jeunes : chômage, manque de repères et espoir d’un avenir meilleur.
Ce phénomène, en apparence anodin, traduit une quête de survie dans une société où les opportunités sont rares et la tentation du gain rapide omniprésente.

Gabriel CUBAKA volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

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