
Autrefois, la frontière entre le bien et le mal semblait claire. Mais dans un monde où tout va vite et où les repères s’effritent, de nombreux jeunes se sentent perdus. Entre la pression sociale, l’influence des pairs, les réseaux sociaux et une éducation parfois absente, distinguer ce qui est juste ou non devient un véritable défi.
« Aujourd’hui, tout dépend de qui tu écoutes »,
explique Alliance Bwenge, 24 ans, habitante du quartier Nkafu à Bukavu.
« Certains pensent qu’avoir de l’argent, peu importe la manière, c’est ça réussir. D’autres se disent que tant qu’on n’est pas pris, ce n’est pas grave. On vit dans une époque où la réussite rapide fait oublier les principes. »
Pour Patrick, tout commence dans le foyer :
« Si tes parents mentent ou trichent, tu finis par croire que c’est normal. Mais si on t’inculque l’honnêteté dès l’enfance, tu fais plus facilement la différence. »
Brigitte Kabindula, 22 ans, étudiante en psychologie à Goma, partage cette analyse avec une nuance :
« Ce n’est pas qu’on ignore ce qui est bien ou mal, c’est qu’on manque de repères solides. On nous parle de valeurs, mais la société elle-même les piétine. »
Selon elle, il est temps de repenser l’éducation morale :
« Apprendre le bien et le mal, ce n’est pas juste écouter les adultes. Il faut comprendre pourquoi certains comportements détruisent la société et d’autres la construisent. Il s’agit de conscience, pas seulement de règles. »
Ces voix jeunes reflètent une réalité : les anciens modèles ne suffisent plus.
Aujourd’hui, l’école privilégie les notes, les parents sont absorbés par leurs responsabilités, et les jeunes se forgent seuls dans un monde saturé de contradictions.
Distinguer le bien du mal est devenu un apprentissage de tous les jours, qui demande réflexion, accompagnement et cohérence.
La société, la famille et l’école doivent redevenir des repères actifs non pas pour imposer, mais pour guider.
Car sans balises claires, les jeunes risquent de grandir dans un monde où tout semble permis, même ce qui ne devrait pas l’être.
Gabriel Cubaka, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu
