
Chaque 15 octobre, l’on commémore la Journée nationale des toxicomanies qui est une dépendance aux substances nocives comme la drogue, que l’on ne peut plus s’empêcher de consommer.
À Bukavu, cette journée est l’occasion de braquer les projecteurs sur un phénomène souvent tabou, mais bien présent : la consommation de drogues chez les jeunes.
Une réalité discrète mais inquiétante
Dans plusieurs quartiers de la ville, des jeunes parfois même des enfants consomment des substances comme la colle, le chanvre ou des solvants bon marché. Cette consommation se fait généralement à l’écart des regards, non pas par provocation, mais comme une échappatoire face à un quotidien difficile.
Les causes sont multiples : chômage, pauvreté, ruptures familiales, manque d’encadrement ou encore absence d’espaces de loisirs adaptés. Si le phénomène reste souvent silencieux, ses conséquences, elles, sont visibles et inquiétantes.
« Je le fais pour oublier un peu »
« Moi, j’ai commencé à fumer à 16 ans »,
confie un jeune de 19 ans habitant un quartier périphérique.
« Pas pour me donner un genre, mais parce que parfois, la vie est trop lourde. C’est la seule façon que j’ai trouvée pour supporter. »
Ce témoignage met en lumière une vérité peu dite : pour beaucoup de jeunes, la toxicomanie n’est pas un plaisir, mais une stratégie de survie.
Des conséquences sanitaires graves
Le Dr Johana Binti, médecin à Bukavu, alerte :
« Les jeunes consommateurs présentent rapidement des troubles respiratoires, des pertes de mémoire, voire des infections chroniques. Mais le plus dangereux, c’est la dépendance, difficile à soigner sans accompagnement. »
Elle insiste sur la dangerosité des substances artisanales : colle, essence, solvants… de véritables poisons pour le cerveau en développement.
Une souffrance psychologique profonde
Pour Moïse Kinkumba, psychologue clinicien, la toxicomanie est avant tout un cri silencieux.
« Ces jeunes ne cherchent pas l’euphorie, mais un refuge, une reconnaissance, un apaisement. Les juger ou les rejeter aggrave le problème. Il faut écouter, comprendre et accompagner. »
Des initiatives qui redonnent espoir
Heureusement, plusieurs structures locales se mobilisent. Églises, écoles et associations lancent des actions concrètes : sensibilisation, formations, activités sportives, programmes de réinsertion… Des petits pas qui font bouger les mentalités.
Éduquer, écouter, encadrer : une urgence collective
En cette Journée nationale des toxicomanies, Bukavu envoie un message fort : la jeunesse n’est pas perdue, elle attend d’être comprise. La lutte contre la toxicomanie passe par l’éducation, le dialogue, le soutien psychologique et surtout, la création d’opportunités réelles.
Comprendre, c’est déjà commencer à guérir.
Yseult Lwango, volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud-Kivu.
