
La collation des grades, souvent synonyme de réussite et d’accomplissement, marque une étape importante dans la vie d’un étudiant. À Bukavu, chaque année, des centaines de jeunes, vêtus de leur toge, reçoivent leurs diplômes sous les regards émus de leurs familles. Mais derrière ces moments de joie se cache une réalité plus sombre : celle de l’incertitude et du chômage post-universitaire.
Une transition incertaine entre études et vie active
À peine les cérémonies terminées, beaucoup de diplômés se retrouvent face à un vide. Le marché de l’emploi local, saturé et peu structuré, offre peu d’opportunités. Le népotisme, le manque de transparence dans le recrutement et l’absence de politiques solides d’accompagnement vers l’emploi aggravent la situation.
Davina Namulinduka, 24 ans, diplômée en gestion commerciale, témoigne :
« On nous avait dit que le diplôme est la clé de l’avenir. Mais depuis que j’ai terminé, je cherche du travail en vain. Je me sens perdue. »
L’angoisse de l’inactivité et le poids des attentes
Cette période post-collation est souvent marquée par l’angoisse, la frustration, voire la dépression. Les jeunes se sentent inutiles, surtout lorsqu’ils voient leurs efforts et ceux de leurs parents ne produire aucun résultat concret. La pression familiale devient parfois insupportable : le jeune diplômé est perçu comme un futur soutien financier, alors qu’il n’a lui-même aucune base stable.
Face à cette crise silencieuse, plusieurs jeunes tentent de se réinventer dans l’informel ou l’auto-emploi, avec ou sans formation complémentaire. D’autres choisissent l’exil vers d’autres villes ou pays, espérant y trouver des opportunités plus prometteuses.
Un appel à repenser l’après-diplôme
Cette situation interpelle sur l’urgence de créer des passerelles concrètes entre l’université et le monde du travail : accompagnement à l’insertion, programmes de stages, incubation de projets, et valorisation de l’entrepreneuriat des jeunes. Car célébrer une collation des grades n’a de sens que si elle ouvre réellement la voie à un avenir professionnel digne et durable.
Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu
