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À Bukavu, le port de l’uniforme est une règle établie depuis des années dans la plupart des écoles. Présenté comme un symbole d’égalité, de discipline et d’unité, il devient pourtant, pour de nombreux élèves issus de familles modestes, un véritable facteur d’exclusion et de pression.

Quand la tenue devient un fardeau

Dans plusieurs écoles, qu’elles soient publiques ou privées, les exigences liées à l’uniforme vont bien au-delà du nécessaire. Tricot de l’école obligatoire, chaussures vernies noires, tenues spécifiques même en saison de pluie… Ces exigences strictes pèsent lourd sur les familles en difficulté.

Sarah Kyalondawa, élève en 6e primaire dans une école privée, confie :

« Ici, si tu ne portes pas le tricot de l’école, on te chasse du cours. Même quand il pleut, on doit le porter. Mes parents n’ont pas encore pu m’en acheter un deuxième. Alors je viens sans, et je reste dehors. »

Jean Zagabe, 13 ans, ajoute :

« On nous impose des souliers noirs vernis. Certains camarades viennent avec des chaussures en plastique, et les profs les insultent devant tout le monde. »

Cette pression sociale liée à l’uniforme pousse certains à s’endetter, d’autres à s’absenter régulièrement des cours.

Un idéal qui s’éloigne de la réalité

L’idée de l’uniforme était, à la base, d’éliminer les inégalités visibles entre élèves. En théorie, tout le monde porte la même chose, peu importe la classe sociale. Mais dans la pratique, cette mesure renforce parfois les écarts.

Un enseignant, sous anonymat, explique :

« Certains établissements changent le modèle d’uniforme chaque année, ou exigent des tissus coûteux. Cela devient un moyen de montrer qui peut suivre et qui ne peut pas. »

Une exigence déconnectée du contexte local

Dans une ville comme Bukavu, où de nombreuses familles peinent à subvenir à leurs besoins, l’achat d’un uniforme aux standards élevés représente un sacrifice. Et l’absence de souplesse de certaines écoles comme interdire l’accès en cas d’uniforme sale ou déchiré aggrave encore l’exclusion.

Vers une réforme plus humaine ?

Des solutions existent et commencent à émerger : uniformes accessibles via des aides, journées sans uniforme, ou autorisation de tenues alternatives pendant la saison des pluies.

L’uniforme scolaire devrait servir à unir, non à diviser. Il est temps de repenser cette pratique en tenant compte des réalités économiques locales, en soutenant les familles et en privilégiant l’inclusion à l’apparence.

Louise bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes à watoto News

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