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Bukavu vient de vivre la 3è édition du Kino. Avec comme particularité,la découverte des talents féminin dans l’écriture de court Métrage.

Que retenir du Kino ?

Il s’agit d’un mouvement international du cinéma né à Montréal en 1999 et qui invite les cinéastes à réaliser des courts-métrages dans un temps record ( 2 à 3 jours), avec peu de moyens et dans un esprit collaboratif.

Plus de vingt ans après, cette philosophie a atteint Bukavu, au Sud-Kivu, où cet événement a pris une dimension particulière en consacrant sa 3ᵉ édition aux femmes. Une décision loin d’être anodine dans un secteur encore largement dominé par les hommes.

Au coeur de la 3è édition du Kino Bukavu

Pour comprendre la 3è édition de Kino Bukavu, Watoto News est allé à la rencontre de Sandra Simbakwira, directrice de Kino Bukavu et coordinatrice de CINE BUK, une figure clé de ce mouvement Kino dans le Kivu.

Pour Sandra, l’édition 2025 s’est voulue avant tout un manifeste pour l’émancipation féminine.

« Le message était clair : la femme ne doit pas se limiter au métier d’actrice. Le cinéma est un secteur vaste. Elle peut être réalisatrice, scénariste, cadreuse, monteuse… », affirme-t-elle.

Pour donner du poids à cette vision, l’organisation a invité deux professionnelles de renommée internationale : Diomandé Prisca, cadreuse cinéma et TV ivoirienne, et Sandra Luce, coach d’acteurs et actrice franco-italienne. Leur masterclass fut un moment fort. Elles y ont partagé leurs parcours, leurs obstacles, mais aussi la joie de tracer leur voie dans un univers encore largement masculin.

« C’était un vrai partage d’expérience autour du thème de la place de la femme dans le cinéma », raconte Sandra. « Elles ont servi de témoignage et d’inspiration pour les participantes locales. L’objectif était de montrer que la femme est capable de relever le défi, devant ou derrière la caméra. »

Au-delà de la technique, ce fut aussi une leçon de vie, confirmant que Kino Bukavu n’est pas qu’une plateforme de projection : c’est une école de l’art et de la résilience.

Un marathon créatif de 48 heures

L’esprit Kino repose sur un défi : transformer une idée en film dans un délai extrêmement court. L’édition 2025 n’a pas dérogé à cette règle.

Tout a commencé par un appel à scénarios exclusivement destiné aux femmes. Quatre textes ont été retenus, puis retravaillés avec l’aide de réalisatrices et de scénaristes confirmés. Ensuite, place au sprint créatif :

Jour 1 (8 septembre) : formation des équipes.

Jour 2 et 3 : tournage intensif de deux films par jour.

Jour 4 et 5 : montage et préparation des projections publiques.

« La pression est là : travailler dans un délai très court oblige à s’adapter, à se dépasser et à repousser ses limites », confie Sandra.

Le résultat ? Quatre films engagés, quatre regards féminins sur la société congolaise.

Quatre films, quatre histoires de femmes

Sandra nous présente ces œuvres avec passion :

  1. Mrithi, de Wivine Muzuri : « Ce film traite de la pression psychologique que subissent certaines femmes aux foyers, à qui l’on exige de donner naissance à un garçon pour hériter des biens du père. Face à cette pression, la femme part à l’accouchement avec peur et traumatisme. »
  2. Makena, de Driscille Mastaki : « Il raconte le quotidien des veuves de soldats, les difficultés avec les enfants dont elles restent responsables, et le manque de moyens pour survivre, parfois abandonnées à leur sort. »
  3. Le fardeau du silence, de Jocelyne Magadju : « Ce film parle du poids du silence sur des abus que subissent parfois les femmes, qui les freinent dans la société. Plusieurs inégalités les maintiennent silencieuses et, avec le temps, ce silence devient un véritable fardeau. »
  4. Les maris de mes filles, de Thérèse Tabu : « Une mère exigeait que ses filles cherchent des hommes riches. Conséquence : elle refoule tout le monde et ses filles ne trouvent plus de mari. »

Ces histoires, bien que courtes, condensent les défis, les douleurs et les résistances des femmes de Bukavu et d’ailleurs. Elles ne sont pas seulement des fictions : elles sont des miroirs tendus à la société.

Une dynamique collective et un impact culturel

Kino Bukavu n’est pas qu’une vitrine pour des films. C’est aussi un espace d’apprentissage et de rencontre.

« Chacun apporte son talent, son expérience, son expertise, voire son matériel. C’est une synergie essentielle au développement du cinéma local », souligne Sandra.

Cette année, elle note une mobilisation sans précédent : de nouveaux visages, un engagement palpable et une amélioration significative sur le plan technique. « Cela prouve que nous avançons. Kino contribue à la culture de notre ville.
À travers nos films, nous faisons passer des messages qui parlent de notre société et de nos problèmes. »

Malgré des moyens limités, le mouvement a su fédérer les énergies. Après une première projection vendredi 12 seprembre au restaurant Clair’Art, une seconde a été faite ce samedi 13 septembre au Mashujaa Art Center, confirmant l’ancrage de Kino dans la vie culturelle de Bukavu.

Un message d’espoir pour l’avenir

Alors que l’aventure 2025 s’achève, Sandra Simbakwira adresse un message fort aux femmes de Bukavu et d’ailleurs :

« Ne vous limitez pas dans le monde du cinéma. Peu importe les difficultés, tenez bon et faites les choses avec passion. C’est ainsi que vous trouverez votre place»
Un appel qui résume parfaitement l’esprit de Kino : peu de moyens, mais une immense foi en la puissance du talent et de la passion.

Kino Bukavu, au-delà d’un simple mouvement cinématographique, s’impose peu à peu comme un catalyseur culturel et social dans l’Est de la RDC. En misant sur l’inclusion des femmes, il ouvre une brèche dans un secteur encore inégalitaire et donne à une nouvelle génération de créatrices la possibilité de raconter leurs histoires. Les quatre films de cette édition 2025 ne sont pas seulement des œuvres d’art : ils sont des cris, des mémoires et des espoirs. Ils rappellent que le cinéma n’est pas un luxe réservé aux grandes capitales, mais un outil accessible pour penser, dénoncer et transformer la société.

Si les moyens manquent encore, l’énergie, le talent et la passion sont bel et bien là. Et c’est peut-être dans cette urgence, dans cette contrainte même, que Kino Bukavu trouve sa véritable force, prouver que le cinéma congolais peut s’inventer autrement, avec peu, mais avec détermination.

Gabriel CUBAKA volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

Auteur/autrice

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