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Dans les quartiers populaires de Bukavu, de nombreux enfants vivent une réalité dure et méconnue. Orphelins, abandonnés ou déplacés, ils se retrouvent seuls à la tête de leur foyer. À 12, 13 ou 15 ans, ils assument des responsabilités écrasantes : nourrir la famille, protéger leurs petits frères et sœurs, payer un loyer… pendant que leur propre enfance s’efface.

« Depuis que maman est morte, je me lève chaque jour à 5h pour aller chercher de l’eau. Ensuite, je prépare mes deux petits frères avant d’aller vendre des beignets. J’ai 14 ans. Je ne sais plus ce que ça fait d’être une enfant »,
confie Clarisse, habitante d’Essance.

Une enfance volée, une jeunesse sacrifiée

Ce phénomène, encore peu visibilisé, expose ces enfants à l’épuisement, à l’abandon scolaire, au travail précoce, et parfois à l’exploitation. Ils développent une maturité impressionnante, mais au prix d’un profond vide affectif, éducatif et psychologique.

Selon l’UNICEF, plus de
10 % des enfants congolais vivent sans encadrement parental stable.
Le Bureau des Nations Unies pour les Affaires Humanitaires (OCHA) alerte sur les effets psychosociaux graves de cette charge précoce : anxiété, isolement, dépression.

Des oubliés des politiques sociales

Malgré leur nombre, ces enfants sont largement absents des politiques publiques.

« On parle souvent des enfants de la rue, mais rarement de ceux qui, dans les maisons, élèvent seuls une fratrie sans aucun adulte »,
déplore Béatrice M., éducatrice sociale à Bukavu.

Les rares programmes d’aide se concentrent sur les orphelinats ou l’école, laissant de côté ceux qui, bien qu’installés dans un logement, vivent sans encadrement réel ni soutien ciblé.

Un appel à la reconnaissance et à l’action

Être enfant chef de ménage, c’est vivre une double peine : sans protection ni reconnaissance.
Ces jeunes ne devraient pas seulement survivre ils méritent un accompagnement psychosocial, un appui matériel, et surtout une vraie place dans les politiques sociales.

Ces enfants portent des responsabilités trop lourdes pour leur âge.
Les voir, les écouter, les soutenir : c’est le minimum pour leur rendre un peu de leur enfance.

Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

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