
Alors que la rentrée scolaire bat son plein à Bukavu, une réalité préoccupante touche de nombreux élèves : celle de retourner en classe sans avoir connu de véritables vacances. Au lieu du repos, du jeu et du relâchement, beaucoup d’enfants ont passé la période de vacances à travailler, aider leurs familles ou assumer des responsabilités d’adultes. Une situation qui affecte leur santé physique, mentale et leur motivation.
Esther Lwango, 13 ans, résidant à Kadutu, témoigne :
« Je n’ai pas eu de vacances. Tous les jours, je vendais des arachides avec ma tante au marché de Nyawera. Je me levais à 7h et rentrais le soir. Même le dimanche, on travaillait. Maintenant que l’école a repris, j’ai souvent mal à la tête.»
Junior Rudahigwa, 12 ans, de Bagira, a lui aussi connu un été difficile :
« Mon père m’a emmené à Nyangezi pour cultiver. J’ai passé un mois entier dans les champs. Je suis toujours fatigué. J’ai même oublié certaines leçons. »
Clémence Shombo, 11 ans, à Panzi :
« Je devais garder mes trois petits frères pendant que maman allait laver les habits chez les gens. Je ne sortais presque jamais. Je voulais jouer, mais je ne pouvais pas. »
Fiston Murhula, 14 ans, Kadutu :
« J’ai travaillé comme pousseur au marché de Beach Muhanzi pour aider maman à acheter mes fournitures. J’ai mal dormi, mal mangé. Maintenant, j’ai du mal à rester éveillé en classe. »
Fatigue scolaire dès la rentrée
Les enseignants des écoles locales constatent, comme chaque année, une baisse d’attention et de motivation chez certains élèves. Les deux premières semaines sont particulièrement marquées par une forme de lassitude et de désintérêt. Pour beaucoup d’élèves, l’année commence alors qu’ils sont déjà exténués.
Un droit bafoué
L’article 31 de la Convention relative aux Droits de l’Enfant (CDE) stipule que « tout enfant a droit au repos et aux loisirs, à se livrer au jeu et à des activités récréatives propres à son âge. » Or, à Bukavu, ce droit reste inaccessible à de nombreux enfants, pris au piège des réalités économiques de leurs familles.
Des associations comme l’AJDC (Association des Jeunes pour le Développement Communautaire) ou SOS Enfance en Détresse militent pour la mise en place de programmes de vacances éducatives, en particulier pour les enfants issus de milieux vulnérables. Ces initiatives offrent non seulement un temps de répit mais aussi un cadre éducatif alternatif et protecteur.
À Bukavu, les vacances sont encore un luxe pour une grande partie des enfants. Reprendre l’école sans répit les expose à l’échec scolaire, à l’épuisement et à la perte de motivation. Il est urgent que les autorités, les familles et les ONG s’unissent pour redonner à chaque enfant ce droit fondamental : celui de se reposer, de jouer et de grandir dignement.
Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes à watoto News
