
Dans les villages et quartiers du Sud-Kivu, le suivi régulier de la santé des enfants reste un défi majeur pour de nombreuses familles. Si la volonté de bien faire existe, les contraintes liées à la pauvreté, aux déplacements et à un système de santé fragile rendent difficile l’accès aux bilans médicaux préventifs, pourtant essentiels au bon développement de l’enfant.
Infirmier à Bukavu, Ushindi Bagalwa témoigne :
« Beaucoup de parents aimeraient soigner leurs enfants correctement. Mais parfois, ils viennent à pied pendant des heures, sans argent pour payer la consultation. Ils ne viennent que quand l’enfant est vraiment malade, alors qu’un simple contrôle pourrait éviter cela. »
Ce constat se vérifie dans de nombreuses zones rurales comme urbaines : les consultations sont souvent tardives, réduites à la gestion de l’urgence.
Le poids du quotidien sur le suivi médical
À Mudaka, Consolath M’rukomeza, mère de trois enfants, fait partie des exceptions. Elle tente de faire examiner ses enfants deux fois par an :
« Ce n’est pas simple. On marche longtemps, il faut attendre, mais je le fais. Une fois, mon fils avait une carence que je n’avais pas remarquée. C’est le médecin qui m’a alertée. »
Son engagement montre que, malgré les difficultés, certains parents perçoivent l’importance de ces bilans comme une forme de prévention indispensable.
Un appel à renforcer l’accès et la sensibilisation
Dans une province marquée par des urgences humanitaires chroniques, la santé des enfants est souvent reléguée à l’arrière-plan. Pourtant, sans suivi régulier, les risques de complications, de malnutrition ou de maladies non détectées restent élevés. Le besoin de renforcer l’accès aux soins primaires et de sensibiliser davantage les familles reste donc crucial pour protéger les plus jeunes.
« Je n’ai pas les moyens de faire ces visites quand les enfants vont bien. Le peu que j’ai, je le garde pour quand il y a vraiment une maladie. Ce n’est pas que je ne veux pas, c’est que je ne peux pas. »
Ce témoignage d’un père de cinq enfants, habitant Miti-centre, illustre une réalité largement partagée dans plusieurs milieux ruraux du Sud-Kivu : les consultations préventives pour enfants sont souvent reléguées au second plan, faute de moyens.
Dans ces zones, le suivi régulier de la santé des enfants est perçu comme un luxe. Pourtant, ces bilans sont essentiels pour détecter précocement des maladies, suivre la croissance, prévenir les carences et orienter les familles sur les soins de base.
Les freins sont multiples : éloignement des centres de santé, coûts liés au transport et à la consultation, faible accessibilité des services de santé, priorisation des soins curatifs au détriment de la prévention.
Alors que la santé préventive des enfants devrait être une priorité, elle reste un défi pour de nombreuses familles confrontées à des difficultés économiques et structurelles.
Renforcer la sensibilisation, rapprocher les services de santé des populations, et écouter les réalités vécues par les familles pourrait améliorer considérablement la situation. Car souvent, un simple contrôle peut prévenir un drame.
Yseult Lwango volontaire pour les enfants et les jeunes au sud kivu
