
Dans les villages comme dans les quartiers urbains du Sud-Kivu, les enfants grandissent dans un environnement multilingue. À la maison, certains entendent leur langue maternelle ; dans la rue, ils parlent swahili ; à l’école, on leur enseigne en français.
Face à cette diversité, une question devient essentielle :
Pourquoi est-il si important que nos enfants parlent et comprennent leur langue maternelle ?
La langue maternelle : racine de l’identité
La langue maternelle est bien plus qu’un simple moyen de communication. Elle est le lien vivant avec la culture, la mémoire, les ancêtres. C’est elle qui porte les contes, les proverbes, les chants, les valeurs.
« Quand l’enfant perd sa langue, il perd aussi la façon de penser de son peuple » dit un vieil homme de kabare.
Témoignage d’un notable.
Ce notable, respecté dans sa communauté, observe la disparition progressive des langues locales comme une forme d’oubli de soi. Il insiste :
« Si nous n’enseignons pas nos langues, demain nous aurons des enfants sans racines. »
Un outil puissant pour le développement de l’enfant
Contactés par watoto news plusieurs psychologues affirme qu’apprendre sa langue maternelle dès le bas âge favorise :
Le développement du cerveau,l’apprentissage du langage,la réussite scolaire (y compris en français, la confiance en soi.
Un enfant qui parle sa langue natale pense mieux, retient mieux et s’exprime plus aisément.
Parler plusieurs langues n’est pas un problème. Au contraire, c’est une richesse. L’enfant sait très bien différencier les langues selon le lieu et les personnes.
Lien familial et transmission culturelle
Quand un enfant ne comprend pas la langue de ses parents ou de ses grands-parents, il devient étranger dans sa propre famille. Il perd l’accès aux récits familiaux, aux histoires du village, aux bénédictions données dans la langue du cœur.
Témoignage d’un père à Uvira :
« Je parle Kifuliiru, mais mes enfants répondent toujours en swahili. Un jour, leur grand-mère leur a parlé et ils n’ont pas compris. J’ai eu honte. C’est comme si quelque chose s’était coupé. »
À Bukavu, Michael byaombe 10 ans, parle couramment le kibembe langue de ses parents originaires de Baraka à fizi.
« Papa et maman m’ont parlé en kibembe depuis que je suis petit. Même si à l’école on parle français, à la maison, c’est kibembe . Et quand on va au village, je parle avec les vieux sans problème. Ils sont contents, et moi aussi ! »
Cet exemple montre que vivre en ville n’est pas une excuse pour perdre sa langue. Il suffit de volonté, de régularité, et de fierté culturelle.
Les menaces qui pèsent sur nos langues
Au Sud-Kivu, les langues comme le Mashi, le Kifuliiru, le Kihavu, le Kitembo, le Kirega et bien d’autres sont en danger.
Pourquoi ?
Le swahili et le français prennent toute la place.
Certains parents croient que parler la langue maternelle retarde l’enfant.
Les écoles ne l’enseignent pas.
Il y a une forme de honte chez certains jeunes.
Que peuvent faire les parents ?
Parler la langue à l’enfant dès le plus jeune âge.
Chanter des chansons, raconter des contes, jouer dans la langue locale.
Traduire les mots si besoin, mais ne pas abandonner.
Valoriser la langue devant les enfants (éviter les phrases comme “parle bien”, “ce n’est pas une langue de savants”…).
Encourager les enfants à répondre dans leur langue, même s’ils font des erreurs.
Une langue parlée, une culture sauvée
Dans la ville de Bukavu, chaque langue parlée par un enfant est une victoire contre l’oubli.
Même si l’école parle français, même si le marché parle swahili, la maison peut rester le cœur vivant de la langue maternelle. Et c’est là que tout commence.
Yseult Lwango volontaire pour les enfants et le jeunes
