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La rentrée scolaire à Bukavu représente un moment d’espoir pour de nombreuses familles. Mais dans certaines écoles, ce moment est aussi marqué par des préoccupations croissantes autour de la sécurité des élèves. Routes dangereuses, écoles non clôturées, tentatives d’enlèvement ou intrusions violentes inquiètent parents et enseignants.

Témoignages

Amani Lwango, 10 ans, élève en 5e année primaire :

« Chaque matin, je traverse la grande route de Kadutu. Il y a trop de motos et de véhicules, mais il n’y a jamais un policier pour aider les enfants. Un jour, j’ai failli me faire renverser en courant. J’ai peur, mais je dois aller à l’école. »

Chantal Ndombe, 11 ans, élève de 6e année (Essance)

«À midi, quand on sort de l’école, des grands garçons nous suivent et nous lancent des mots bizarres. Ils ne sont pas de notre école. Une fois, une amie a pleuré parce qu’ils lui ont pris son petit sac. On n’est pas en sécurité. »

Aurélie Sonya, 9 ans, élève de 4e primaire :

« L’an dernier, on a entendu qu’un homme avait essayé de faire monter un enfant dans une voiture près de l’école. Moi, j’avais trop peur, je n’ai pas voulu retourner seule à la maison pendant une semaine. »
Ces récits révèlent une incertitude réelle qui met en danger leur bien-être, leur apprentissage et même leur droit à l’éducation dans un environnement sûr.

À ce sujet Mwema Bacikudere, directrice de l’école primaire de Panzi nous a accordée une interview

Q: Du côté des routes l’accès à l’école est-il sécurisé pour les enfants ?
R: pas du tout, la majorité de nos élèves traversent des axes très fréquentés, souvent sans trottoirs ni signalisation. Il n’y a pas de police de circulation à proximité. Certains parents nous ont confié qu’ils craignent des accidents, surtout aux heures de pointe.

Q: Y a-t-il des mécanismes internes mis en place dans votre école pour protéger les enfants ?
R: Nous avons mis en place des surveillants de cour, et nous organisons des séances de sensibilisation chaque mois sur les bons comportements à adopter en cas de danger. Mais avec nos moyens limités, ce n’est pas suffisant. Nous avons besoin d’un appui externe, notamment de la part de la commune ou de l’État.

Q: Avez-vous observé des formes de violence ou harcèlement entre élèves ?*
Oui, comme dans beaucoup d’écoles. Certains enfants viennent avec des traumatismes familiaux ou sociaux, et cela se répercute sur leur comportement à l’école?
R: Nous avons enregistré des cas d’intimidation, surtout chez les plus petits. Nous avons récemment commencé à travailler avec un psychologue bénévole, mais ce n’est pas permanent.

Q: En tant que responsable, avez-vous un message pour les autorités ?
R: les enfants sont notre avenir. Si nous les laissons exposés à la peur, au danger ou aux traumatismes, nous détruisons leur droit à l’éducation. Je demande aux autorités de considérer la sécurité scolaire comme une priorité réelle et urgente.

C’est notre plus grande crainte. Nous avons demandé aux parents d’attendre les enfants à la porte. Mais pour ceux qui rentrent seuls, nous leur avons appris à ne jamais suivre un adulte inconnu. Nous espérons que les autorités pourront bientôt installer une clôture et renforcer la surveillance.

Q: Que recommandez-vous concrètement pour améliorer la sécurité dans les écoles ?

R: ll faut une stratégie intégrée. Premièrement, que chaque école soit clôturée et ait un gardien. Deuxièmement, qu’un partenariat soit formé avec la police pour assurer la sécurité autour des écoles. Troisièmement, que le ministère de l’Éducation impose un standard minimum de sécurité à toutes les écoles. Enfin, impliquer les parents et les élèves dans des clubs de vigilance.

La sécurité dans les écoles de Bukavu à la rentrée scolaire demeure un enjeu critique qui dépasse la simple question de clôtures ou de gardiens. Elle touche à la dignité, au droit à l’éducation, à la protection physique et psychologique des enfants. Il est donc impératif que les autorités locales, les partenaires éducatifs et la communauté toute entière unissent leurs efforts pour assurer un environnement scolaire sécurisé, stable et protecteur. Car un enfant qui étudie dans la peur est un enfant privé de son plein potentiel. La sécurité à l’école ne devrait jamais être un luxe, mais un droit fondamental.

Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes à watoto News

Auteur/autrice

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