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En République Démocratique du Congo, posséder une carte d’électeur équivaut à posséder une identité. Dans la rue, à la banque ou pour voyager, c’est ce document électoral qui fait office de carte nationale d’identité. Pourtant, il est prévu pour une durée de cinq ans et n’a pas été conçu pour un usage quotidien. Beaucoup de cartes s’effacent avec le temps, se perdent ou deviennent tout simplement inutilisables.

Joseph Kulondwa, 25 ans, étudiant à l’ISP Bukavu, témoigne de sa frustration :

« Ma carte s’est effacée avec le temps. Depuis, j’éprouve des difficultés pour mes déplacements vers d’autres villes ou pour aller au village, faute de pièce d’identité. La carte est devenue illisible et cela met en doute mon identité. »

Un constat que partage Nicole NSIMIRE, 21 ans, tailleuse dans le quartier Nkafu situé dans la commune de kadutu, ville de Bukavu.

« On m’a volé ma carte, et cela fait déjà dix mois. Depuis, je cherche un endroit où obtenir même un duplicata, mais je n’y arrive pas. J’ai fini par abandonner. »

Face à ces difficultés, certains se tournent vers le passeport, présenté comme une alternative. Mais là encore, le parcours est semé d’embûches : un coût jugé excessif, des démarches administratives complexes et des délais d’obtention souvent imprévisibles. Beaucoup de jeunes n’y accèdent jamais et se retrouvent bloqués dans la plupart des cas.

Jean-Paul AMBIKA, 25 ans, vendeur des accessoires téléphone sur l’avenue HPGR dans la commune de KADUTU, ville de Bukavu garde un souvenir amer :

« Je voulais accompagner mon frère malade à l’étranger pour des soins, mais sans passeport, je n’ai pas pu.C’était très douloureux.»

Ce blocage identitaire ne concerne pas uniquement les voyages. Il prive aussi d’opportunités professionnelles et financières. Jackson Murhula, 24 ans, jeunes diplômés en informatique à l’ISP Bukavu confie :

« J’ai raté une offre d’emploi parce qu’on exigeait une carte valide. Comment avancer dans la vie quand tu n’as aucun moyen de prouver qui tu es ? »

Au-delà de simples documents, c’est tout un système d’identification qui montre ses limites.

Les jeunes Congolais se retrouvent enfermés dans une réalité où prouver son existence devient un combat quotidien. Cette situation soulève une question de fond : la reconnaissance administrative n’est-elle pas un droit essentiel qui devrait être garanti à chaque citoyen ?

Gabriel Cubaka, volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud-Kivu

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