
À Bukavu, comme ailleurs dans l’Est de la RDC, les effets du dérèglement climatique ne se limitent pas à l’environnement. Ils touchent aussi les couches les plus vulnérables de la population, en particulier les enfants. Montées des eaux, glissements de terrain, vagues de chaleur, insécurité alimentaire… autant de phénomènes climatiques qui compromettent directement les droits fondamentaux des enfants : santé, éducation, protection, logement, alimentation, et même la dignité humaine. Face à cette situation alarmante, les enfants eux-mêmes témoignent de leur réalité quotidienne.
Gracia Masumbuko, 12 ans, Panzi
« Quand il pleut beaucoup, l’eau entre dans notre maison. On doit sortir, même la nuit. J’ai raté plusieurs jours d’école parce qu’on a perdu nos cahiers. »
Patrick Akonkwa, 14 ans, Kadutu
« Notre école a été endommagée par un glissement de terrain. Bientôt la rentrée scolaire, c’est dur.»
Zawadi Wabenga, 10 ans, Bunyakiri
« Depuis que la pluie a emporté notre maison, je vis chez ma tante. Ma mère m’a dit qu’elle n’a pas de moyens pour étudier.»
Point de vue du spécialiste
Daniel Musafiri explique que les dérèglements climatiques aggravent les inégalités sociales existantes et menacent directement plusieurs droits reconnus par la Convention relative aux droits de l’enfant. Le droit à un logement décent, à l’eau potable, à l’éducation et à la santé est de plus en plus compromis. « Les enfants sont les premières victimes car ils sont physiquement, psychologiquement et socialement vulnérables. »
Impacts visibles sur la vie quotidienne des enfants
Parmi les effets les plus observables, il cite l’interruption de la scolarité due à la destruction d’écoles, la dégradation de l’alimentation à cause des sécheresses ou inondations qui affectent la production agricole, l’apparition de maladies respiratoires dues à la poussière ou à l’humidité, et les déplacements forcés de familles entières.
Enfants déplacés à cause des catastrophes
Musafiri affirme avoir documenté plusieurs cas de familles déplacées suite aux glissements de terrain sur les collines de Bukavu. « Certains enfants vivent dans des écoles transformées temporairement en abris, sans accès à des services de base. Leur avenir est incertain », témoigne-t-il.
Santé et éducation
Daniel recommande une approche multisectorielle : renforcer la résilience des écoles, créer des refuges sûrs pour les enfants déplacés, former les enseignants sur l’éducation environnementale, et surtout, impliquer les enfants eux-mêmes dans la sensibilisation. «Les communautés doivent aussi être mobilisées, car elles sont les premières à répondre en cas de crise.»
Catégories d’enfants les plus exposées
Les enfants des quartiers précaires (Kadutu, Nyamugo, Karhale), ceux vivant en situation de rue et les orphelins sont les plus exposés. «Ces enfants n’ont ni filet de sécurité ni recours en cas de catastrophe. Ils deviennent invisibles pour les politiques publiques.»
Le dérèglement climatique est un révélateur brutal des failles de nos systèmes de protection. À Bukavu, les enfants sont en première ligne : délogés, déscolarisés, malades, oubliés. Ce constat impose un changement radical de perspective. Il faut désormais penser la protection de l’enfance en intégrant la question climatique. Agir, c’est reconnaître l’urgence de protéger les plus vulnérables. C’est garantir aux enfants non seulement un avenir, mais un présent digne et sécurisé.
Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu
