
Dans de nombreuses familles, les tests ADN sont de plus en plus utilisés pour confirmer ou contester une filiation. Si cette démarche peut avoir une valeur juridique, elle laisse souvent de profondes blessures émotionnelles chez l’enfant, bien au-delà du résultat. Trop souvent, ces tests sont réalisés sans explication, sans préparation psychologique, et surtout sans prendre en compte le ressenti de l’enfant, qui en devient la première victime.
Mariam Lwaboshi, 14 ans:
« Quand on m’a dit que je devais faire un test ADN, je ne savais même pas ce que c’était. J’ai cru que j’étais malade. Plus tard, j’ai compris que mon père doutait que j’étais sa fille. Depuis, je ne me sens plus aimée. »
Junior Fabiona, 13 ans:
« Le jour du test, mon père ne m’a même pas regardé. Après les résultats, il a disparu. Je vis avec ma mère maintenant, mais je me demande toujours pourquoi il m’a abandonné. »
Grâce Lukenge, 12 ans:
« Le test a confirmé que j’étais bien sa fille, mais tout a changé. La confiance est partie. »
Emmanuel Caleb, 15 ans:
« Toute la famille a su pour le test. À l’école, on me posait des questions. C’était humiliant. »
Les experts tirent la sonnette d’alarme : un test ADN, bien que scientifique, peut avoir des conséquences profondes sur l’équilibre émotionnel d’un enfant. Utilisé sans précaution, il devient une source de douleur plutôt qu’un outil de vérité.
Me Alain Mbuyi, juriste spécialisé en droits de l’enfant, prévient :
« Les tests ADN doivent être utilisés avec prudence. On ne peut pas ignorer l’impact psychologique sur un mineur, surtout quand cela remet en cause la filiation. »
Dr Rachel Ngoy, sociologue de la famille, insiste sur les conséquences sociales :
« Dans nos sociétés, l’identité familiale a un poids énorme. Un enfant rejeté après un test ADN subit une double peine : la rupture familiale et la stigmatisation sociale. »
Pasteur Hilaire, conseiller psychosocial, appelle à la responsabilité des adultes :
« Avant de faire un test ADN, il faut parler à l’enfant, l’écouter, l’encadrer. Trop souvent, les adultes pensent à eux sans penser à l’âme fragile de l’enfant. »
Dr Léon Tshibasu, pédiatre, confirme les séquelles possibles :
« Certains enfants que je reçois présentent des troubles liés à l’abandon. Le test ADN peut être à l’origine de cette douleur. Il faut un accompagnement émotionnel. »
Tous s’accordent : l’enfant n’est pas une pièce à conviction. Il a droit à la dignité, au respect et à un cadre affectif stable. Le recours au test ADN ne doit jamais effacer l’obligation de protéger l’enfant.
Un test ADN ne doit pas être une arme dans un conflit familial. Il doit être encadré, expliqué, accompagné. Parce qu’un enfant, c’est plus qu’un résultat : c’est une personne, avec des droits, des émotions, et une histoire qu’on doit préserver.
Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes au sud kivu
