
Les progrès de la génétique permettent aujourd’hui de retracer l’origine biologique d’un enfant à partir de son ADN. Pour les enfants orphelins, cette avancée représente souvent un espoir : celui de retrouver un parent, une fratrie, ou tout simplement un lien avec leurs racines. Mais cette recherche, parfois douloureuse, soulève une question essentielle : faut-il toujours connaître ses origines biologiques, même au prix de son équilibre personnel ? Et jusqu’où aller sans violer le droit à l’oubli de l’enfant, son intimité et sa liberté de choisir sa propre voie ?
À Bukavu, Léonie, 15 ans, orpheline depuis la petite enfance, confie :
« J’ai fait un test ADN pour retrouver ma famille. J’ai su qui était ma tante, mais elle ne voulait pas me parler. J’aurais préféré ne pas savoir. »
À Goma, Salomé Bubala, 12 ans, adoptée à l’âge de 3 ans, raconte :
« Mon ADN a révélé que j’ai des frères au Congo. Mais je vis en Europe, je ne sais pas quoi faire de cette information. »
Nathan Yowali, 13 ans, sans lien familial connu, est plus catégorique :
« Je ne veux pas qu’on me parle de mon passé. Je veux vivre ma vie comme je suis aujourd’hui. »
Avis des spécialistes
Dr. Mireille Mbuyi psychologue clinicienne :
« La génétique ne doit jamais primer sur le bien-être psychologique de l’enfant. Certains ne sont pas prêts à porter ce poids. »
Me Justin Malanda, avocat en droit de l’enfant :
« La Convention relative aux droits de l’enfant (article 8) reconnaît le droit de préserver son identité, mais aussi sa vie privée (article 16). Il faut toujours équilibrer ces deux dimensions. »
Prof. Jean-Claude Moke*, spécialiste en bioéthique :« Le test ADN ne doit pas devenir une obligation. Chaque enfant doit pouvoir dire non, surtout s’il est en phase de reconstruction personnelle. »
Sœur Thérèse Kapinga, responsable d’un centre d’accueil :
« Certains enfants, après avoir connu leur famille biologique, sombrent dans la confusion ou le rejet. Ce n’est pas toujours une solution. »
Pasteur Hilaire Moke, conseiller jeunesse :
« Retrouver ses origines n’est pas une urgence spirituelle. L’essentiel, c’est d’aider l’enfant à s’aimer, avec ou sans passé connu. »
Les experts appellent à une approche individualisée. Le progrès technologique ne doit jamais s’imposer au détriment du ressenti de l’enfant. Qu’il choisisse de savoir ou d’oublier, sa décision doit être respectée, encadrée, accompagnée. La génétique peut être un outil puissant, mais elle ne peut jamais remplacer l’écoute, le respect et l’amour.
Les enfants orphelins génétiquement tracés sont au cœur d’un dilemme humain et juridique. Entre la quête d’identité et le droit à l’oubli, aucun chemin n’est universel. C’est pourquoi toute démarche liée à l’ADN doit se faire avec prudence, dans le respect total des droits de l’enfant. La science peut éclairer, mais c’est le cœur de l’enfant qui doit décider s’il veut avancer vers ses origines… ou construire sa vie autrement.
Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes au sud kivu
