
En République démocratique du Congo, la violence envers les enfants reste une réalité alarmante, souvent tolérée, voire justifiée sous couvert d’« éducation ». Pourtant, qu’elle soit physique, verbale, émotionnelle ou psychologique, elle constitue une atteinte grave aux droits de l’enfant. Les milieux censés offrir protection la maison et l’école deviennent parfois des lieux de peur et de souffrance.
Des paroles d’enfants qui brisent le silence
Esther Mulima, 13 ans, témoigne depuis Bukavu :
« À la maison, si je fais une erreur, mon oncle me frappe avec tout ce qu’il trouve. Parfois avec des câbles. Il dit que c’est pour m’éduquer. À l’école aussi, je suis toujours stressée. Je n’ai pas d’endroit où me sentir bien. »
Michel Maranatha, 11 ans :
« Un jour, j’avais oublié mon cahier. Le professeur m’a tiré les oreilles et m’a crié dessus devant tout le monde. J’ai eu honte. Depuis, j’ai toujours mal au ventre avant d’aller à l’école. »
Sifa Bimu, 14 ans, de Kadutu, vit dans un climat familial instable :
« Mes parents crient tout le temps. Quand ils se battent, je me cache avec mes petits frères. On ne mange pas, on ne dort pas. Parfois j’aimerais partir loin. »
Patrick Kibasa, 12 ans, à Uvira :
« Mon père boit beaucoup. Quand il rentre, il me dit que je ne vaux rien. Même si je travaille bien à l’école, il ne me félicite jamais. Je me sens inutile. »
Agir maintenant pour changer la donne
Ces témoignages révèlent l’urgence d’agir. La normalisation de la violence bloque l’épanouissement des enfants et détruit leur estime de soi. Il est essentiel de sensibiliser les familles, former les enseignants à des approches positives, et renforcer les dispositifs d’écoute et de protection.
Avis des spécialistes
Dr. Nadine Kalume, psychologue pour enfants: « La violence affecte profondément le développement cognitif et affectif de l’enfant. Les enfants battus ou humiliés développent des troubles de l’estime de soi, de l’anxiété, et peuvent devenir agressifs à leur tour. Un enfant qui vit dans la peur n’apprend pas bien. »
Me. Joseph Musafiri, avocat en droits humains: « Le droit congolais, notamment le Code de la famille et la loi portant protection de l’enfant, interdit tout traitement cruel, inhumain ou dégradant. Un enseignant ou un parent n’a pas le droit de frapper ou d’humilier un enfant. Les cas de violence doivent être signalés aux autorités compétentes. »
Mme Chantal Bisusa, formatrice des enseignants: « Malheureusement, beaucoup d’enseignants ne connaissent pas les méthodes d’éducation non violentes. On pense encore qu’on doit frapper pour corriger. Il faut un travail de fond : former, sensibiliser et accompagner les enseignants. »
Aimé Bahati, assistant social à la DPJJ: « Il est urgent de créer des dispositifs de signalement accessibles aux enfants. Il faut également responsabiliser les parents et les encadreurs sur l’impact de leurs actes. Une simple parole blessante peut marquer à vie. »
Sr. Carine Katungu, éducatrice en milieu rural: « Nous devons réapprendre à éduquer sans traumatiser. Il y a une différence entre discipline et violence. Une éducation fondée sur l’écoute, l’exemple et la patience donne de bien meilleurs résultats. »
Tous les spécialistes s’accordent : la violence à l’égard des enfants ne doit plus être tolérée ni minimisée. La prévention passe par la formation, la sensibilisation, mais aussi par l’action juridique et sociale. Il ne suffit pas de condamner la violence : il faut équiper les adultes de méthodes alternatives et protéger les enfants par des structures efficaces d’écoute et de réponse rapide.
Un environnement sûr, sans violence, est un droit fondamental pour chaque enfant. Pour l’assurer, il faut briser les tabous, responsabiliser les familles et former les professionnels. Chaque adulte doit devenir un protecteur et non un danger pour l’enfant. La prévention de la violence, c’est garantir un avenir plus sain, plus juste, et plus humain pour les générations futures.
Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes au sud kivu
