
Chaque enfant naît avec une identité propre. Pourtant, des millions dans le monde et même dans nos communautés grandissent sans jamais avoir été enregistrés à l’état civil. Ce phénomène rend ces enfants “invisibles” aux yeux des autorités, les privant de nombreux droits fondamentaux : éducation, soins de santé, protection, citoyenneté et même espoir d’un avenir légal. Ces enfants vivent parmi nous, silencieusement exclus.
Priscilla Joji, 12 ans :« Je n’ai jamais eu d’acte de naissance. À l’école, on m’a demandé des papiers. J’ai dû arrêter. »
Divin Aksanti, 14 ans :« Je suis né à la maison. Mes parents n’ont jamais fait de déclaration. Je ne sais pas si j’aurai droit à mes examens. »
Rita Mirata, 10 ans: « Quand je suis malade, on me refuse à l’hôpital. On dit qu’il faut un papier. Pourtant, je suis un enfant comme les autres. »
Patou Ushini, 13 ans : « J’aimerais voyager ou même juste participer à un concours, mais on me dit que je n’existe pas officiellement. C’est blessant. »
Ces témoignages révèlent une réalité douloureuse. Sans existence légale, ces enfants sont exclus du système scolaire, de la santé, des activités sociales et même des concours qui pourraient changer leur vie. Leur douleur n’est pas seulement administrative : elle est psychologique. Grandir en entendant qu’on n’existe pas « officiellement » affecte la confiance en soi, l’estime personnelle et le sentiment d’appartenance. Derrière chaque enfant non enregistré se cache un appel à l’aide.
Avis des spécialistes
Marie-Claire M., juriste en droit de l’enfance :« Le droit à une identité est un droit fondamental. Sans acte de naissance, un enfant devient juridiquement inexistant. Il ne peut ni hériter, ni se défendre en justice, ni bénéficier de protection légale. »
Dr. Ilunga, pédiatre : « Lorsqu’un enfant sans papiers arrive malade à l’hôpital, le personnel est limité. Certains services exigent des documents. Cela peut retarder les soins ou les refuser. »
Pasteur Mboyo, leader communautaire :« Dans plusieurs quartiers pauvres, les familles accouchent à la maison. Par manque d’informations ou de moyens, elles n’enregistrent pas leurs enfants. Il faut rapprocher les services d’état civil des communautés. »
Rachel B., spécialiste des politiques publiques :
« L’administration doit simplifier les procédures et offrir la gratuité de l’enregistrement. Il faut aussi des campagnes massives de régularisation. »
Justin Amissi, éducateur communautaire :« Un enfant sans identité légale est vulnérable : travail forcé, exploitation, non-scolarisation. Pourtant, ces enfants sont parfois les plus brillants. »
Liliane T., militante pour les droits civils :« C’est un problème de droits humains. L’enfant sans nom peut facilement disparaître dans les réseaux de traite ou de violence, sans qu’aucune autorité ne sache qu’il existait. »
Les spécialistes s’accordent sur un fait alarmant : un enfant non enregistré est un enfant sans protection. Ils appellent à une mobilisation collective : État, communauté, leaders religieux, écoles et familles. L’enregistrement ne doit pas être un luxe, mais une obligation facilitée. Il est temps d’agir pour éviter que ces enfants ne soient oubliés dans l’ombre.
L’existence légale commence par un simple acte de naissance. Mais son absence enferme l’enfant dans une vie pleine de limites et d’exclusions. Reconnaître l’enfant, c’est lui donner une voix, une dignité, une chance. Lutter contre ce phénomène, c’est protéger des générations entières. Ensemble, mobilisons-nous pour qu’aucun enfant ne grandisse sans nom, sans droits, sans avenir.
Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud Kivu
