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Dans de nombreuses familles, surtout dans les milieux urbains populaires et ruraux, les enfants participent aux activités économiques domestiques. Cette contribution, souvent perçue comme une aide normale à la famille, devient problématique lorsqu’elle prive l’enfant de ses droits fondamentaux : aller à l’école, se reposer, jouer, et vivre pleinement son enfance. Ce travail, bien qu’invisible et rarement dénoncé, est une réalité silencieuse qui mérite l’attention de tous.

Grâce Lwaboshi, 13 ans:
« Chaque jour après l’école, je dois rester au stand de ma maman jusqu’à 20h. Je vends du manioc et parfois je dois même aller chercher les sacs de farine. Je ne peux même pas faire mes devoirs à temps. Parfois, je m’endors en classe. »

Jonas Bagenda, 11 ans:
« Mon père vend des pièces de rechange. Il dit que je dois apprendre le métier, mais parfois je me sens trop fatigué. Je veux juste jouer comme les autres enfants de mon âge. Mais si je refuse, il se fâche. »

Clémence Mwangaza, 14 ans:
« On m’a retirée de l’école depuis l’année passée pour aider à la boulangerie familiale. Je me lève à 5h pour préparer les pains, et je passe la journée à vendre. J’aimerais redevenir élève, mais mes parents disent qu’ils n’ont pas les moyens. »

Michel Akonkwa, 10 ans:
« Je vends des beignets tous les matins avant d’aller à l’école. Je fais ça pour aider maman, mais parfois je n’ai pas le temps de me laver, ni de manger. À l’école, je suis souvent en retard et fatigué. »

Ces témoignages montrent que le travail dans les petits commerces familiaux peut devenir un poids énorme pour l’enfant. Il ne s’agit plus d’un simple coup de main, mais d’un vrai engagement quotidien, sans répit, qui empiète sur leurs droits et leur épanouissement.

Avis des spécialistes

Dr Nadine Mulumba, psychologue scolaire:
« Ce type de travail crée un stress chronique chez les enfants. Ils vivent dans la peur de décevoir leurs parents et développent un sentiment de culpabilité s’ils prennent du temps pour eux-mêmes. L’épuisement psychologique qui en résulte nuit à leur développement cognitif et émotionnel. »

Me Alain Kasereka, avocat spécialisé en droit des enfants: « Le Code du travail en RDC interdit le travail des enfants en dessous de 16 ans, surtout si ce travail interfère avec leur scolarité. Le travail dit familial ne doit jamais remplacer l’éducation. Les enfants qui travaillent dans les boutiques ou kiosques sans cadre légal sont des victimes d’exploitation domestique déguisée. »

Mme Dorine Bisimwa, éducatrice sociale communautaire: « Dans les quartiers populaires, beaucoup de parents pensent que faire travailler l’enfant dans un commerce est une éducation. Mais cette éducation devient nuisible quand elle ne respecte pas l’âge, la santé et la capacité psychologique de l’enfant. Les enfants doivent aider, oui, mais dans des limites claires.»

Prof. Jules Mavungu, sociologue: « Ce phénomène s’inscrit dans une logique de survie des familles pauvres. Le travail invisible est perçu comme un devoir familial. Mais cela contribue au maintien du cycle de pauvreté : ces enfants, souvent non scolarisés ou en échec, deviendront eux aussi des adultes sans formation. »

Représentante UNICEF Sud-Kivu: « Nos études montrent que 3 enfants sur 5 dans les zones semi-urbaines aident dans un commerce familial. Ce chiffre est alarmant quand on sait que ces enfants ne bénéficient pas d’un encadrement spécifique. Il faut que l’État et les familles collaborent pour instaurer des limites saines. »

Mme Justine Nyembo, militante pour la protection de l’enfance: « Le problème vient de l’ignorance. Beaucoup de familles ne savent même pas qu’elles sont en train de violer les droits de leurs propres enfants. Il faut des campagnes de sensibilisation à l’échelle des quartiers, des écoles et des églises. »

Le travail dans les petits commerces familiaux ne devrait jamais priver un enfant de ses droits à l’éducation, au repos, au jeu et à la santé. Ce travail invisible doit être visibilisé, encadré et limité. Aider n’est pas exploiter. Un enfant peut apprendre les valeurs familiales sans pour autant porter le poids économique de la maison.

Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes au sud kivu.

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