
À l’ère des réseaux sociaux, de plus en plus d’enfants et d’adolescents s’adonnent à des jeux dangereux. Jeux de strangulation, défis extrêmes, ingestion de substances toxiques ou automutilation filmée : ces pratiques, souvent inspirées de vidéos virales, mettent gravement en péril leur santé, voire leur vie.
À Bukavu comme ailleurs, le phénomène prend de l’ampleur dans l’ombre, échappant à la vigilance des parents et des éducateurs, et révélant les limites de la protection de l’enfance dans un monde hyperconnecté.
Témoignages alarmants
David Bita, 13 ans :
« J’ai essayé le jeu où tu dois retenir ta respiration jusqu’à tomber. On riait, mais après, je ne sentais plus mes jambes. J’ai eu peur. »
Deborah Kilosho, 11 ans :
« J’ai vu une vidéo sur WhatsApp où une fille mettait du savon dans ses yeux. J’ai essayé aussi. Ça m’a brûlé pendant trois jours. »
Junior Wabenga, 14 ans :
« On faisait un défi où il fallait sauter d’un mur haut. Un garçon s’est cassé la jambe, mais personne n’a osé en parler aux parents. »
Nala Mupenda, 12 ans :
« Une fois, j’ai reçu un défi qui disait d’éteindre la lumière et de se couper un peu la main pour ‘prouver son courage’. Je ne l’ai pas fait, mais certaines de mes amies oui. »
Ces témoignages montrent que de nombreux jeunes s’engagent dans ces pratiques sans en mesurer les dangers, souvent influencés par la pression des pairs, le besoin d’appartenance ou l’envie d’imiter ce qu’ils voient en ligne.
Le regard des spécialistes
Mme Clarisse Nabintu, psychologue pour enfants :
« Ces jeux expriment parfois un mal-être ou une absence de repères. Les jeunes testent leurs limites, souvent sans supervision ni conscience du danger. »
M. Éric Bashige, conseiller en vie scolaire :
« Dans les écoles, ces défis circulent en cachette via Bluetooth ou sur WhatsApp. Les adultes ne les découvrent que trop tard. »
Dr Hervé Musafiri, pédiatre :
« Certains cas d’évanouissement, de blessures ou de brûlures chez les enfants sont causés par ces jeux, mais les familles ont honte d’en parler. Le silence empire la situation. »
Mme Rose Kamatali, éducatrice spécialisée :
« Les enfants cherchent à attirer l’attention ou à impressionner leurs camarades. Ils n’ont pas les outils pour distinguer le jeu du danger. »
Sœur Béatrice Nyakane, responsable d’un foyer d’enfants :
« Le manque d’encadrement, surtout pendant les vacances ou après l’école, expose les enfants à ces influences. Ils passent beaucoup de temps seuls avec leur téléphone. »
M. Joseph Kitambala, formateur en éducation numérique :
« Il faut éduquer les enfants dès le bas âge sur les dangers des réseaux, mais aussi former les parents. L’ignorance des adultes crée un vide que les jeux à risque popularisés sur Internet remplissent. »
Les jeux dangereux ne sont pas de simples distractions. Ils révèlent un besoin de reconnaissance, un vide affectif ou un manque de repères. Tous les experts s’accordent à dire que la prévention passe par l’éducation, le dialogue et une vigilance constante. Le contrôle parental doit être à la fois technique et affectif.
Les jeux à risque popularisés sur Internet représentent une menace silencieuse. Il est urgent de créer un climat de confiance où les enfants peuvent parler de ce qu’ils voient et vivent, sans peur ni jugement. Familles, écoles et éducateurs doivent se mobiliser pour offrir aux jeunes un cadre sécurisé, où l’envie de s’amuser ne rime pas avec mise en danger. Prévenir, c’est protéger.
Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Watoto News
