
Chaque année, du 1er au 7 août, le monde entier célèbre la Semaine mondiale de l’allaitement maternel. Des campagnes sont lancées, des affiches sont placardées dans les hôpitaux, des messages sont répétés à la radio : « Allaiter, c’est donner la vie.»
Mais à l’Est de la RDC, derrière les slogans et les journées officielles, une réalité plus dure se cache. Il y a des bébés qui ne seront jamais allaités. Pas par choix. Parce que leur mère n’est plus là. Parce qu’elle est morte. Ou partie. Ou simplement trop démunie pour le faire.
Le drame silencieux des enfants orphelins
Dans certains coins reculés de la région, ou même au cœur des milieux urbains, il existe des maisons où vivent des nourrissons sans mère. Confiés à des religieuses, à des familles élargies ou à des centres communautaires, ces enfants commencent leur vie sans ce premier geste de tendresse et de survie qu’est l’allaitement, notamment à cause des catastrophes sociales telles que la guerre ou l’insuffisance d’infrastructures.
Le lait maternel, pourtant essentiel, devient alors un bien rare, souvent inaccessible. Et ce manque ouvre la porte à d’autres dangers : infections, diarrhées, malnutrition, affaiblissement général… Ces bébés, déjà orphelins de bras, le deviennent aussi du lait.
« Quand on m’a confié ce bébé, il avait à peine trois jours. J’avais l’amour, mais pas le lait. On a fait comme on a pu. Parfois, je pleurais plus fort que lui », confie une maman d’accueil approchée par Watoto News à Kabare et sous couvert d’anonymat.
Et les mères vivantes ?
Même pour celles qui ont la chance d’être là, l’allaitement reste une bataille. Entre la fatigue, le manque de nourriture, l’absence de soutien ou la reprise trop rapide des activités, de nombreuses femmes abandonnent plus tôt qu’elles ne le voudraient. Certaines n’ont jamais reçu d’encouragement ni d’information fiable sur l’importance du lait maternel.
Un appel à regarder autrement
Pendant que le monde répète des messages d’espoir et de santé, des enfants meurent en silence par manque de lait. Il est temps d’élargir notre regard : l’allaitement maternel ne doit pas seulement être un acte individuel ; c’est aussi une question de société, de solidarité.
Qui nourrit les orphelins ?
Où sont les aides pour les familles d’accueil ?
Qui parle de la possibilité de créer une banque de lait maternel ?
Pourquoi ces bébés sont-ils invisibles dans les politiques de santé ?
Ces questions dérangent. Elles sont pourtant urgentes.
La Semaine mondiale de l’allaitement maternel ne devrait pas seulement être une occasion de dire « Allaiter, c’est bien ». Elle doit être un cri : tous les enfants ont droit à ce début de vie, même ceux que la vie a déjà blessés.
Et si nous ne pouvons pas toujours donner le lait, nous pouvons au moins donner les moyens, les conditions, et surtout, ne pas détourner les yeux.
Yseult Lwango, volontaire pour les enfants et les jeunes
