
À Bukavu, dans plusieurs quartiers densément peuplés comme Kadutu, Nyakaliba, Essence, Mulengeza ou Cimpunda, les enfants manquent cruellement d’espaces pour jouer. Entre les maisons serrées, les ruelles étroites, les routes encombrées de motos et l’absence de terrains sécurisés, leur droit fondamental au loisir est régulièrement bafoué. Pourtant, le jeu n’est pas un luxe : c’est un besoin vital pour leur développement mental, physique et émotionnel.
Samuel Bulambo, 10 ans :
« On n’a pas d’endroit pour jouer au ballon. Quand on joue devant la maison, les adultes nous chassent ou les motos passent et nous dérangent. »
Chantale Mweza, 11 ans :
« Je joue rarement. Maman dit que c’est dangereux dehors, et à la maison il n’y a pas d’espace. Je reste souvent assise, à regarder mes frères. »
Ibrahim Tabinane, 12 ans :
« Parfois on joue entre les maisons, mais si un ballon entre chez un voisin, on se fait gronder. On doit rester silencieux ou aller au marché. »
Josiane Mirindi, 9 ans :
« J’aime danser, mais je n’ai pas d’endroit pour pratiquer. La cour est petite et encombrée. Même pour courir, ce n’est pas possible. »
Ces enfants expriment une frustration liée à l’enfermement. Ils grandissent dans des milieux où le jeu est limité par l’environnement physique, la peur des adultes ou le manque de sécurité. Cette privation les rend plus passifs, moins joyeux, parfois agités ou tristes. Leur droit au loisir est continuellement réduit par les contraintes d’une urbanisation non planifiée.
Avis des spécialistes
Mme Grâce Mulume, psychologue pour enfants :
« Le jeu est essentiel au développement de la mémoire, de la sociabilité, de l’expression émotionnelle. Un enfant privé de jeu se renferme ou se désorganise. »
M. Arsène Lushombo, urbaniste :
« Nos quartiers n’ont pas été pensés pour les enfants. On construit sans prévoir d’espace de loisir, ce qui crée une exclusion dès le bas âge. »
Dr Nadine Kakule, pédiatre :
« L’absence d’activités physiques chez les enfants peut favoriser l’obésité, la fatigue mentale, et parfois des troubles de sommeil. »
Sr Solange Byamungu, éducatrice communautaire :
« Certains enfants deviennent agressifs ou trop silencieux à cause de l’ennui prolongé. Le jeu équilibre les émotions. »
M. Michel Kasekwa, enseignant :
« Les élèves qui n’ont pas d’espace pour se détendre sont souvent moins attentifs, plus tendus et moins créatifs en classe. »
Mme Judith Bisimwa, animatrice jeunesse :
« Il faut réaménager certains petits espaces publics en coins de jeu. Même 10 mètres carrés peuvent faire la différence dans la vie d’un enfant. »
Les experts insistent sur l’urgence de considérer le droit au jeu comme une priorité en milieu urbain. Il ne s’agit pas seulement de loisirs, mais d’un élément crucial pour la santé mentale, physique et scolaire des enfants. Le manque d’espace doit être compensé par des solutions simples, communautaires et inclusives.
Priver les enfants de jeu, c’est limiter leur liberté, leur imagination, leur équilibre. Dans les quartiers surpeuplés de Bukavu, cette privation est devenue une norme inquiétante. Il est temps que les communautés, les leaders locaux et les urbanistes revoient leurs priorités en intégrant les enfants dans la conception des quartiers. Un simple espace de jeu peut transformer une vie.
Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu
