
À Bukavu, comme ailleurs, les décisions familiales majeures changement d’école, déménagement, séparation parentale, règles de vie sont trop souvent prises sans consulter les premiers concernés : les enfants,
Pourtant, selon l’article 12 de la Convention relative aux droits de l’enfant, chaque enfant a le droit d’exprimer librement son opinion dans toutes les affaires qui le concernent.
Mais dans les faits, ce droit reste ignoré. Considérés comme trop jeunes, immatures ou incapables de comprendre,
les enfants sont régulièrement exclus des discussions sérieuses, réduits au silence dans des moments qui changent pourtant le cours de leur vie.
Des enfants témoignent de leur douleur :
Nadine Bugoye, 12 ans:
« Mes parents ont changé mon école sans me prévenir. J’ai pleuré toute la journée. Je me suis sentie rejetée. »
Pacifier Akonkwa, 13 ans:
« Quand mon père est parti vivre ailleurs, on ne m’a rien expliqué. J’ai découvert ça un matin. J’avais peur de poser des questions. »
Belinda, 10 ans:
« Pendant une réunion familiale, on m’a envoyée dehors. Mais moi aussi j’avais des choses à dire. »
Gaël Murhula, 11 ans:
« On a déménagé chez la tante. Je n’étais pas d’accord, mais personne ne m’a écouté. J’avais l’impression que ma voix ne comptait pas. »
Ces enfants ne réclament pas de tout décider, ils demandent à être considérés, entendus, respectés. Leur exclusion crée de la frustration, de la tristesse et une distance émotionnelle avec les adultes.
Écouter un enfant, c’est lui dire : “Tu comptes.”
Et c’est le premier pas vers une famille plus juste et plus humaine.
Avis des spécialistes
Mme Grâce Kavugho, psychologue pour enfants:
« Quand un enfant est écarté des décisions qui le concernent, il développe un sentiment de rejet ou d’infériorité. Cela peut affecter son estime de soi. »
M. Didier Muke, éducateur communautaire:
« Il ne s’agit pas de faire voter l’enfant, mais de l’écouter, de le rassurer, et de lui expliquer ce qui se passe. Le dialogue renforce la confiance familiale. »
Sr. Espérance Bulambo, accompagnatrice des familles: « L’enfant n’est pas une décoration. Il ressent, il pense, il observe. Quand il est inclus dans les échanges, il se sent valorisé et plus équilibré. »
Dr. Jonathan Kitambo, pédiatre:
« Plusieurs enfants développent des troubles du sommeil, de la colère ou de l’anxiété à cause de décisions familiales brusques. Les écouter réduit ce choc. »
Mme Brigitte Mumbere, conseillère scolaire:
« À l’école, on remarque que les enfants exclus des discussions à la maison deviennent souvent silencieux ou révoltés. Ils se sentent coupés de leur propre vie. »
M. Alain Bahati, formateur en droits de l’enfant* :
« Le droit à l’expression de l’enfant est fondamental. Il ne s’agit pas seulement de parler, mais aussi d’être entendu avec sérieux et respect. »
Les spécialistes sont clairs : inclure les enfants dans les discussions familiales importantes est une manière de leur reconnaître leur humanité. Cela ne veut pas dire leur imposer des responsabilités d’adulte, mais leur donner une place, une voix, et un espace pour s’exprimer. Écouter un enfant, c’est déjà le protéger.
Les enfants ne doivent plus être traités comme des spectateurs passifs dans leur propre vie. Leur exclusion des décisions importantes crée des blessures invisibles. Il est temps que les familles ouvrent l’espace du dialogue, de la confiance, et du respect. Car un enfant écouté devient un adulte qui sait écouter les autres.
Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud Kivu
