
Au Sud-Kivu, de nombreux enfants grandissent dans des foyers brisés par la guerre, la pauvreté ou des séparations douloureuses. La perte d’un parent, le rejet, les violences ou la négligence laissent des traces profondes : des blessures familiales invisibles, mais bien réelles, qui compromettent le développement et l’équilibre des enfants.
« Depuis que maman est partie, je me sens fragile », confie Furaini Biringingwa, 13 ans, habitant de Miti Centre.
« Je préfère rester seul. Je ne fais plus confiance à personne », ajoute un garçon du même âge rencontré dans les rues de Kavumu.
Des droits bafoués
Selon la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE):
Article 19: « Les États doivent protéger l’enfant contre toute forme de violence, d’abandon ou de négligence. »
Article 39: « L’enfant victime de tout abus a droit à la réadaptation physique et psychologique. »
Or, ces principes sont encore loin d’être respectés dans plusieurs localités du Sud-Kivu, notamment dans le territoire de Kabare, où les structures d’écoute et d’accompagnement font cruellement défaut
Des conséquences durables
Pour Macker Bacila psychologue au sein d’une structure éducative locale :
« Ces enfants blessés développent souvent des troubles de l’attachement, de l’agressivité ou un mal-être profond. Sans soins, ces traumatismes nuisent à leur scolarité, à leurs relations sociales et à leur avenir professionnel. »
Certains finissent par abandonner l’école, errer dans la rue ou vivre dans une insécurité affective constante.
Une responsabilité collective
L’avocat Étienne Kabagaya est formel :
« Protéger un enfant, ce n’est pas un acte de charité, c’est une obligation légale. L’État comme les familles doivent garantir un cadre stable et aimant. À défaut, c’est une génération entière qu’on expose à la dérive. »
Que faire ?
Renforcer les services sociaux de proximité (psychologues, assistants sociaux)
Sensibiliser à la parentalité responsable
Appuyer les ONG locales qui prennent en charge les enfants traumatisés
Les blessures familiales ne font pas de bruit, mais elles pèsent lourd. Soigner ces douleurs, c’est réparer une partie du tissu social et donner une chance réelle aux enfants de demain.
Yseult Lwango, volontaire pour les enfants et les jeunes
