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À Bukavu, dans de nombreux ménages précaires, les enfants ne disposent d’aucun endroit calme pour étudier. La promiscuité, le bruit, le manque de table, de lumière ou même d’un simple banc rendent les devoirs scolaires difficiles, voire impossibles. Cette réalité, souvent ignorée, crée une inégalité silencieuse entre les élèves : tandis que certains évoluent dans un cadre propice à la concentration, d’autres doivent composer avec le chaos. Un véritable obstacle à leur réussite scolaire.

Emmanuel Kalimba, 13 ans :
« À la maison, je n’ai pas de table. Je fais mes devoirs à genoux sur le lit, mais souvent mes petits frères viennent me déranger. Parfois, je laisse tomber. »

Carine Busime, 11 ans :
« Le soir, il n’y a pas assez de lumière. Quand le courant ne vient pas, je dois attendre le matin ou ne pas faire les devoirs du tout. »

Patrick Shombo, 12 ans :
« J’aimerais avoir un coin tranquille pour lire, mais notre maison est trop petite. Tout le monde parle en même temps. Je n’arrive pas à me concentrer. »

Vanessa, 10 ans :
« Quand je commence mes devoirs, on m’envoie d’abord puiser de l’eau, ensuite balayer. À la fin, je suis fatiguée et il est trop tard. »

Ces enfants décrivent un quotidien marqué par l’absence de conditions minimales pour apprendre. Les devoirs deviennent une corvée, une source de stress ou de frustration. Cette inégalité, bien que fréquente, est souvent jugée normale par les adultes. Pourtant, elle freine les enfants dans leur progression, leur confiance et leur motivation.

Avis des spécialistes

Mme Cathy Mulume, enseignante :
« Quand un enfant ne fait pas ses devoirs, ce n’est pas toujours de la paresse. Parfois, il n’a juste pas de bonnes conditions chez lui pour le faire. »

M. Arsène Byamungu, psychopédagogue :
« Le cerveau a besoin de calme et de répétition pour mémoriser. Le désordre constant dans l’environnement domestique empêche l’enfant de bien assimiler. »

Sœur Thérèse Mujinga, encadreuse scolaire :
« Nous devons arrêter de croire que l’école seule suffit. L’environnement familial joue un rôle énorme dans la réussite ou l’échec scolaire. »

Mme Grâce Kavugho, psychologue pour enfants :
« Un enfant qui n’a pas d’espace pour lui étudier se sent souvent dévalorisé. Il pense que ses efforts ne comptent pas. »

M. Jonathan Mwehu, défenseur de l’éducation inclusive :
« On doit encourager les familles à créer, même symboliquement, un petit coin réservé à l’enfant : une boîte, une chaise, une routine. Ça change tout. »

Dr Nadine Kanyere, pédiatre :
« Le stress de ne pas pouvoir faire ses devoirs dans de bonnes conditions peut entraîner des douleurs abdominales, du sommeil perturbé, ou un repli sur soi. »

Tous les spécialistes insistent sur la nécessité d’un minimum d’aménagement pour l’étude à domicile. Ce n’est pas une question de luxe, mais de priorité éducative. Même dans des espaces réduits, les familles peuvent montrer aux enfants que leur apprentissage est important et mérite un cadre adapté.

L’inégalité ne commence pas seulement à l’école : elle débute souvent à la maison. Un enfant sans espace pour apprendre est désavantagé dès le départ. Il est urgent de reconnaître ce besoin et de sensibiliser les familles à créer un environnement, même modeste, qui favorise l’effort, le calme et la concentration. Car chaque devoir bien fait est un pas de plus vers la réussite.

Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes

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