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À l’approche de la rentrée scolaire à Bukavu, dans l’Est de la RDC, les vacances ne riment pas avec repos pour de nombreux enfants. Ce qui devrait être une pause bien méritée devient une période de lutte quotidienne pour rassembler le strict minimum : cahiers, uniformes, frais scolaires.

Dans les rues, les marchés ou les garages de fortune, des dizaines d’enfants se battent chaque jour pour aider leur famille ou subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Une réalité qui met en lumière les profondes inégalités sociales et l’absence de dispositifs d’aide efficaces pour les plus vulnérables.

Grâce Nyabatumba, 12 ans, vend des sachets de beignets faits maison.
« Je vends pour aider maman à acheter mes cahiers. Sinon, je vais rater la rentrée. Je préfère ça que de rester à la maison sans aller à l’école. »
Malgré sa détermination, ses yeux trahissent une fatigue inhabituelle pour son âge.

Moïse Akonkwa 15 ans, est apprenti dans un petit garage.
Allongé sous une voiture, il passe une clé à son formateur.
« Je ne suis pas payé tous les jours. Parfois, j’ai juste un billet ou à manger. Mais j’économise pour m’acheter des chaussures pour la rentrée. »

Lui rêve de devenir ingénieur et dit vouloir « sacrifier ses vacances pour investir dans l’école ».

Mado, 10 ans, aide une voisine dans les tâches ménagères.
« Je lave les habits, je balaie, je prépare à manger. Elle m’a promis un cartable et une tenue. »
Elle espère que sa bonne conduite lui permettra de retourner à l’école.

Jean-Paul Mulume, sociologue, alerte :
« Dans ce contexte, l’enfant devient un soutien économique plutôt qu’un élève en vacances. Cela banalise le travail infantile et normalise une forme de survie précoce. »

Alors que de nombreux enfants passent leurs vacances à travailler pour financer leur rentrée scolaire, la psychologue Mireille Kavugho alerte sur les conséquences psychologiques de cette réalité trop souvent banalisée.
« Même lorsqu’ils agissent volontairement, ces enfants subissent une pression immense. La peur d’échouer ou de décevoir leur famille génère une anxiété constante. Ils grandissent trop vite, au détriment de leur équilibre émotionnel »,explique-t-elle.

Elle souligne également le risque d’épuisement, de démotivation scolaire, voire d’abandon pur et simple des études.

Pour les spécialistes, il ne suffit pas d’admirer le courage de ces enfants : des mesures structurelles s’imposent, notamment :l’élimination des frais cachés de l’école gratuite, la mise à disposition de kits scolaires subventionnés, un accompagnement accru des familles vulnérables, et des activités éducatives accessibles pendant les vacances.

À Bukavu, les vacances sont devenues pour des milliers d’enfants un moment de lutte, de responsabilité précoce, et parfois de sacrifice. Si leur résilience force le respect, elle ne doit pas masquer l’injustice de leur condition.

Face à cette dure réalité, la rentrée scolaire apparaît pour beaucoup d’enfants non pas comme un droit, mais comme un combat.

Louise bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes au sud kivu

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