
À Bukavu, les vacances scolaires ne riment pas toujours avec détente. Alors que certains enfants profitent de cette pause pour jouer ou se reposer, d’autres endossent des rôles d’adultes dans les rues, les marchés ou les salons de coiffure. Leur but : réunir de quoi financer la prochaine rentrée scolaire. Dans une ville marquée par la pauvreté, ces enfants se battent, parfois au prix de leur enfance, pour rester sur le chemin de l’éducation.
Junior Burasa, 13 ans, vendeur de pain
« Je quitte le quartier de Kadutu avec mon plateau de petits pains dès 6 h du matin. Je vends jusqu’au centre-ville. Parfois, je gagne 5 000 à 6 000 francs congolais par jour. J’économise pour mes cahiers et les frais scolaires. »
Nadine Shabani, 11 ans, aide-coiffeuse: Dans un salon du quartier Nyawera, elle balaie, trie les mèches, prépare de l’eau chaude.
« Je ne suis pas payée, mais la patronne va m’acheter des chaussures. C’est déjà ça. »
Elle sourit timidement. Elle n’a jamais connu de vacances sans travail.
Patrick Murhula, 14 ans, porteur au marché de Nguba: « Je gagne selon le poids. Ce n’est pas facile, mais ça me permet de payer l’uniforme sans trop dépendre de mes parents. »
Il souffre parfois de maux de dos, mais préfère cela à rester à la maison sans aller à l’école.
L’avis des spécialistes
Pour le sociologue Clément Bisimwa, « ces situations traduisent l’échec des politiques sociales. Les familles, livrées à elles-mêmes, en viennent à mobiliser leurs enfants comme source de revenu. Cela crée un cycle de pauvreté et d’échec scolaire. »
La psychologue Sylvie Kavira ajoute :
« Ces enfants développent très tôt un sens des responsabilités, mais aussi une anxiété profonde : peur de l’échec, culpabilité, honte… Ils n’ont pas droit à l’insouciance. »
Elle appelle à des mesures concrètes : espaces d’écoute, soutien psychologique, allègement des charges scolaires.
Pour l’ONG locale Enfance Active, l’État porte une part de responsabilité :
« L’école est dite gratuite, mais les frais dits “annexes” (uniforme, cahiers, participation parentale) restent élevés. Tant que ces frais existeront, les enfants continueront à travailler. »
L’organisation plaide pour un système réellement gratuit, avec un appui direct aux familles.
Tous les spécialistes sont unanimes : une réponse urgente et structurée s’impose. Cela passe par :une prise en charge sociale réelle des familles en détresse, l’élimination des coûts cachés de la scolarité,des programmes de soutien scolaire et nutritionnel pendant les vacances,et une sensibilisation renforcée sur les droits de l’enfant.
Les enfants de Bukavu qui travaillent pendant les vacances ne sont pas des exceptions. Ils représentent une jeunesse déterminée, mais vulnérable. Leur courage à lutter pour aller à l’école est admirable, mais il ne devrait pas être nécessaire.
Offrir à chaque enfant un avenir passe par la garantie d’une éducation gratuite, d’un soutien familial, et d’une protection efficace contre le travail précoce. En les aidant aujourd’hui, c’est l’ensemble de la société que l’on renforce pour demain.
Derrière chaque plateau de pain ou balai, se cache un rêve d’école. Mais ce rêve ne devrait pas passer par tant de sacrifices.
Louise Bibentyo volontaire pour les jeunes et les enfants au sud kivu
