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Le droit au repos et aux loisirs est un droit fondamental reconnu par la Convention relative aux droits de l’enfant (article 31). Pourtant, dans plusieurs milieux, notamment à Bukavu, ce droit est souvent négligé. Beaucoup d’enfants passent leurs journées entre travaux domestiques, activités économiques, obligations familiales ou religieuses, sans bénéficier de temps libre pour jouer, se détendre ou explorer leur créativité. Le loisir, trop souvent perçu comme un luxe, est en réalité essentiel à l’équilibre et au développement global de l’enfant.

Naomi Aganze, 11 ans :
« Je ne sais pas ce que c’est de jouer en vacances. Je suis toujours en train d’aider à la maison. Quand je veux sortir, on me dit que je perds le temps. »

Gracien Dembi, 13 ans :
« On me dit qu’un garçon ne doit pas s’amuser trop. Alors je passe mes journées à laver la voiture de mon oncle, couper du bois ou aller chercher de l’eau. »

Sylvia Miruho, 12 ans :
« Même le dimanche, je n’ai pas le droit de jouer. On va au culte, ensuite je prépare à manger, puis je nettoie tout. Je n’ai pas de temps pour moi. »

Musa Murabazi, 10 ans :
« Moi j’aimerais apprendre à dessiner ou jouer au foot. Mais ici, il n’y a pas d’endroit pour ça. Et mes parents disent que les loisirs sont pour les enfants riches. »

Ces enfants expriment un profond manque de liberté personnelle, de détente et de joie. Leur quotidien, rythmé par les obligations, les prive du simple plaisir de jouer ou de se reposer. Ce déficit de loisirs affecte leur bien-être, leur confiance et parfois leur créativité. Le loisir n’est pas un privilège : c’est un besoin fondamental, tout comme manger ou dormir.

Avis des spécialistes :

Mme Clarisse Bagalwa, psychologue pour enfants :
« Un enfant qui ne joue pas développe plus de stress, d’irritabilité et des difficultés relationnelles. Le jeu permet de gérer les émotions. »

Pr. Emmanuel Katambo, spécialiste en sciences de l’éducation :
« Les activités ludiques améliorent la concentration et les performances scolaires. Un enfant qui se détend apprend mieux. »

Mme Léa Nyalugwe, animatrice en centre d’éveil :
« On observe que les enfants qui n’ont pas de temps libre ont du mal à exprimer leurs idées. Ils deviennent passifs, effacés, et parfois tristes. »

M. Serge Muderhwa, éducateur communautaire :
« Dans notre culture, on valorise trop l’obéissance et le travail chez l’enfant, au point d’oublier qu’il est aussi un être émotionnel qui a besoin de joie. »

Dr Nadège Muhindo, pédiatre :
« Le manque de repos affaiblit le système immunitaire de l’enfant, perturbe son sommeil, et provoque parfois des maux de tête chroniques. »

Sr Félicité Bashimbe, responsable d’un orphelinat :
« Même les enfants orphelins doivent pouvoir jouer. Nous avons vu des changements énormes quand on leur a offert des jouets et des moments de détente. »

    Tous les experts s’accordent : le loisir n’est pas accessoire, il est vital. Il permet à l’enfant de se construire, de respirer, de rêver et de grandir sainement. Le priver de cette dimension revient à freiner son développement. Un équilibre entre les responsabilités et le jeu est essentiel.

    À Bukavu et ailleurs, il est temps de repenser la place du loisir dans la vie de l’enfant. Respecter son droit au repos, c’est respecter son humanité. Parents, écoles et société doivent comprendre que permettre à un enfant de jouer, dormir, rire ou créer n’est pas un signe de laxisme, mais une marque d’amour et de respect. Un enfant reposé est un enfant prêt à apprendre, à s’épanouir et à devenir un adulte équilibré.

    Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

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