Dans les zones périurbaines et rurales autour de Bukavu, les enfants sont souvent les premières victimes des urgences : inondations, glissements de terrain, incendies, ou tensions communautaires. Dans ces circonstances, nombreux sont ceux qui perdent leur maison, leur école ou même leurs proches. Malheureusement, leur protection reste très limitée, et leurs droits fondamentaux, sécurité, éducation, logement, santé, sont fréquemment bafoués. Ces crises, souvent silencieuses, laissent des séquelles durables sur leur développement physique et psychologique.
Jonathan Kamubembe, 13 ans :
« Quand la pluie a emporté notre maison, on a dormi dans une salle de classe pendant une semaine. Je n’avais plus de cahiers, plus de matelas, et on mangeait une seule fois par jour. »
Fideline Sumahili, 11 ans :
« Le feu a tout brûlé dans notre quartier. Depuis, on vit chez une tante, à huit dans une pièce. Je ne vais plus à l’école parce que tout a été détruit. »
Arsène, 12 ans :
« Quand les gens se sont battus à côté de chez nous, j’ai vu des maisons brûler. Je ne dors plus bien. J’ai peur quand j’entends des cris ou des coups. »
Bénie Kyanga, 10 ans :
« Après les glissements de terrain, on a été déplacés dans un camp. Là-bas, il n’y a pas de jeux, pas d’école, et parfois pas d’eau. »
Ces récits révèlent à quel point les enfants sont vulnérables en période de crise. Déplacés, traumatisés, parfois séparés de leurs parents, ils vivent dans des conditions indignes, néfastes à leur croissance et à leur avenir. Le plus alarmant est que ces réalités sont souvent ignorées. Leur douleur devient silencieuse, et leurs droits, invisibles.
Avis des spécialistes
Mme Léonie Bahati, psychologue clinicienne :
« Les enfants exposés à des situations d’urgence développent des troubles post-traumatiques, de l’insomnie, de l’anxiété et parfois du repli. Ils ont besoin d’un accompagnement adapté. »
M. Olivier Kambale, assistant social :
« Très peu de familles savent comment protéger les enfants en cas de catastrophe. Il n’y a pas de système d’alerte ni de structure d’accueil bien organisée. »
Dr Solange Mushagalusa, pédiatre :
« Dans les situations d’urgence, les enfants risquent rapidement des maladies liées au manque d’eau potable, à la malnutrition ou à l’insalubrité. Leur immunité est fragile. »
Sœur Adèle Byamungu, éducatrice communautaire :
« Dans les milieux touchés, les enfants perdent toute stabilité : plus de routine, plus d’école, plus de repères. Ils deviennent désorientés et souvent tristes. »
M. Isaac Mulume, enseignant volontaire :
« Après chaque crise, on retrouve des enfants déscolarisés pendant plusieurs mois, voire des années. La reprise de l’école est rarement une priorité. »
Mme Carine Nyabenda, animatrice en droits de l’enfant :
« Il est essentiel de créer des espaces sécurisés où les enfants peuvent s’exprimer, jouer et recevoir du soutien après une crise. Trop souvent, ils sont livrés à eux-mêmes. »
L’absence de mécanismes solides de protection expose les enfants à des dangers immédiats et durables. Si la reconstruction matérielle après une crise est indispensable, la reconstruction psychologique et éducative l’est tout autant. La protection de l’enfant doit être intégrée dans toute réponse d’urgence.
À Bukavu, les crises se multiplient, et les enfants en sont les premières victimes silencieuses. Leur droit à la sécurité, à l’éducation, à la santé et au repos doit être garanti, même en période de turbulence. Il revient aux familles, aux écoles, aux leaders locaux et aux structures sociales de mettre en place des stratégies simples mais efficaces pour garantir la dignité de l’enfant, même au cœur du chaos.
Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

